Comment les patients traités pour un cancer de prostate jugent leur qualité de vie

Alors que n’est pas encore tranchée la question de l’intérêt du dépistage systématique du cancer de la prostate par dosage du PSA, une étude vient apporter un éclairage intéressant sur les effets secondaires des traitements des cancers prostatiques localisés. Les risques de surdiagnostics et de surtraitements auxquels expose un dépistage systématique sont en effet au cœur des débats, les effets secondaires des traitements étant mis en balance avec les bénéfices aléatoires du dépistage et du traitement des petits cancers dont on ne sait pas encore prédire l’évolution.

Au total 1 642 patients, âgés de 37 à 69 ans, ont été interrogés sur leur santé telle qu’ils l’évaluaient avant le diagnostic de cancer de prostate, puis à 1 an, 2 ans et 3 ans après le traitement. La majorité des patients (60 %) a subi une prostatectomie radicale, dont la moitié avec préservation des bandelettes neuro-musculaires, les autres principalement une radiothérapie externe avec ou sans traitement anti-androgénique (18 %) ou une surveillance active (12 %). Rappelons que l’étude ne porte que sur des patients ayant un cancer localisé, de stade T1a à T2c.

Tous les patients estiment que leur qualité de vie a été altérée par le traitement de leur cancer, quelle que soit la prise en charge choisie, et de façon prolongée puisque ces effets persistent trois ans après le diagnostic. Les dysfonctions érectiles sont signalées par tous les patients, principalement ceux qui ont eu une déprivation androgénique (97,8 %) mais aussi après une prostatectomie, qu’il y ait eu préservation nerveuse (67,9 %) ou non (86,7 %). Le problème semble toutefois s’améliorer sensiblement avec le temps ou en tout cas l’appréciation qu’en a le patient.

Les troubles urinaires sont plus rares et touchent plus souvent et plus gravement les patients traités par prostatectomie radicale, dont 12,3 % rapportent une incontinence persistant 3 ans après l’intervention. Enfin les problèmes intestinaux sont signalés principalement après une radiothérapie externe (14,5 %). Quand on interroge les patients sur la perception de leur état de santé et leur moral, ceux qui sont traités par déprivation androgénique obtiennent les scores les plus bas.

Tout en précisant que depuis la fin de l’étude (réalisée entre 2000 et 2003), les techniques chirurgicales et de radiothérapie ont évolué, les auteurs estiment que ces données doivent être mieux connues des praticiens et de leurs patients. Le choix d’un traitement sera alors fait en tenant compte de l’âge et de l’état de santé du patient, et après avoir mis en balance l’altération possible de sa qualité de vie et les risques de progression du cancer si aucun traitement n’est envisagé. C’est tout l’enjeu de la décision de traitement, c’est aussi l’enjeu du dépistage.

Dr Roseline Péluchon

Références
Smith DP et coll. : Quality of life three years after diagnosis of localized prostate cancer: population based cohort study.
BMJ 2009;339:b4817

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Vos réactions (1)

  • cancer de prostate et surveillance active

    Le 19 décembre 2009

    Je suis surpris que l'on ne parle pas dans cet article de la perception des 12 % de patients placés sous surveillance active : qu'en est il?
    Bien confraternellement
    Dr F. Arnold (Reims)

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