Comment préparer physiquement les patients à une intervention lourde ?

De nombreux travaux ont démontré les bienfaits de la préparation des patients avant une intervention chirurgicale lourde pour un cancer abdominal. Cela améliore les capacités fonctionnelles du patient, sa qualité de vie et réduit les risques de complications. Depuis quelques années, la préparation des patients est passée progressivement des simples exercices physiques avant l’intervention à des programmes de « préhabilitation trimodale », associant exercices, prise en charge psychologique et intervention nutritionnelle. La préparation physique reste le composant essentiel.

Il persiste toutefois une grande hétérogénéité dans les stratégies proposées. C’est la raison pour laquelle une équipe chinoise a réalisé une revue de la littérature et une synthèse des pratiques. Au total 24 études ont été retenues, dont 22 sont des essais cliniques et 2 seulement des études observationnelles, ce qui semble indiquer que la meilleure stratégie est encore recherchée. La majorité des études concernent la préhabilitation avant une intervention pour cancer colorectal (n = 14) et la stratégie unimodale portant uniquement sur les exercices physiques est minoritaire (n = 11).

Le type d’exercice le plus fréquent est une association d’exercices en aérobie (marche, vélo) et de renforcement musculaire, ce qui est conforme aux recommandations. Les auteurs notent toutefois que l’entrainement des muscles inspiratoires peut être un complément utile et devrait être inclus plus régulièrement dans les programmes.

La durée optimale de la réhabilitation n’est pas déterminée mais se situe entre 4 et 8 semaines

Les exercices sont le plus souvent d’intensité modérée, à la fréquence de 2 à 3 fois par semaine et durant 30 à 60 minutes, ce qui semble acceptable et simple à réaliser pour ces patients. En revanche, la durée idéale de la préhabilitation reste difficile à fixer. Les recommandations préconisent de commencer le plus rapidement possible, le délai entre le diagnostic et l’intervention étant parfois limité. Une durée de 4 semaines semble être le minimum, 6 à 8 semaines semblant un bon compromis. Notons qu’une étude a montré l’absence de différence de survie chez des patients opérés sous 4, 8 ou 12 semaines, ce qui peut être un argument pour rassurer les patients et les soignants en cas de délai un peu prolongé.

Les exercices ont lieu à la maison ou sous supervision, à la convenance du patient. Dans le premier cas, il est recommandé de maintenir des contacts téléphoniques avec le patient pour s’assurer de sa bonne adhésion au programme, maintenir sa motivation ou encore ajuster le programme. Du matériel d’information peut être bénéfique pour les patients pratiquant à domicile, mais il est peu utilisé dans les travaux retenus.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Jin S. et coll. : Preoperative physical exercise strategies for patients undergoing major abdominal cancer surgery: a scoping review Supportive Care in Cancer (2021) 29:7057–7071

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Vos réactions (1)

  • Une pénurie arrivée au stade de la débacle

    Le 05 novembre 2021

    Ayant passé un nombre d'années considérable à mettre au point et pratiquer la kinésithérapie "pré-opératoire" pour préparer des patients (souvent porteurs de co-morbidités) à des interventions lourdes, qu'elles soient oncologiques ou non, mais souvent thoraciques (chirurgie pulmonaire) ou abdominales (chirurgie artérielle ou digestive), j'ai pu mesurer le caractère indispensable de cette préparation, sous réserve qu'elle soit "ciblée" et cohérente.

    Je suis heureux que l'on salue ici ce travail qui a, pendant ces années réjoui les chirurgiens et les réanimateurs...Et les patients... en simplifiant les suites opératoires et raccourcissant les séjours. Il a peut-être réjoui la Sécu, qui pouvait y gagner beaucoup, compte tenu de la modicité de nos honoraires en regard des prix de journée d'hospitalisation. La Sécu n'a pas jugé utile de nous le faire savoir...

    Mais aujourd'hui?... Ces belles publications ne risquent-elles pas de rester au placard à prendre la poussière quand on voit la pénurie affligeante de professionnels, pénurie organisée depuis 40 ans et qui, d’aggravation en aggravation, en est arrivée au stade de la débâcle? Nous risquons tous de nous retrouver comme certains médecins de Molière se "hâtant au chevet d'un malade qui mourut hier, afin de voir ce qu'il eût convenu de faire pour qu'il ne mourût point"....

    H.Tilly (Ide, MKDE)

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