Comment redonner de la conscience à la science : les réponses du CNRS

Paris, le jeudi 15 novembre 2018 - Après plusieurs cas de fraude signalés en son sein, le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) a présenté, ce mardi, un plan d'action destiné à renforcer l’intégrité scientifique, qui reprend les recommandations d’un groupe de travail.

Ce dernier avait été mis en place par Antoine Petit dès son arrivée à la tête de l’institution en janvier 2018…Le nouveau maître des lieux avait sans doute été marqué par les déboires de son prédécesseur, Anne Peyroche, non confirmée à la tête du CNRS en raison de fortes suspicions de fraudes dans la publication de plusieurs études.

Un phénomène difficile à mesurer

Comme l’a fait en conférence de presse, Antoine Petit, rappelons en préambule qu’une « méconduite scientifique, peut prendre plusieurs niveaux de gravité (…) cela peut aller de l'embellissement des images sans modifier la véracité des résultats, jusqu'à la fabrication d'images de toutes pièces ».

S’il est difficile de disposer d’une estimation fiable de la part d’études concernées, puisque toutes les fraudes ne sont pas décelées, le site spécialisé Retraction Watch indique que plus de 1 000 études ont été retirées dans le monde en 2017. La vigilance ne cesse de s’accroître puisque seules 650 études l’avaient été en 2016. Cela représente entre 1 à 2 % des travaux publiés.

Cependant, les « pratiques discutables » (omissions, sélections de données, méthodes insuffisamment décrites et ne permettant pas de reproduire le travail...) semblent, pour leur part, beaucoup plus fréquentes. Ainsi, au micro de JIM TV, le Dr Hervé Maisonneuve estimait qu’au moins la moitié des publications présentait ce type de manquements.

Pour expliquer cette situation, beaucoup évoquent le poids que représente le dogme « publish or perish ».

Balance ton chercheur !

Face à cette situation, deux personnes ont été nommées au sein du CNRS pour assurer un nouveau cadre de contrôle « rigoureux » et « transparent ». Par ailleurs, un « référent déontologue et lanceur d'alerte », Joël Moret-Bailly, a été nommé : son rôle est de répondre aux questions des chercheurs du CNRS sur la déontologie. Enfin, pour instruire les soupçons de fraude, une équipe de quatre personnes dirigées par Rémy Mosseri a été mise en place.

Particularité étonnante de ce nouveau système, quiconque, membre du CNRS ou non, pourra transmettre des éléments sur un cas supposé de fraude. La seule condition pour effectuer une telle saisie sera de donner son identité : « je n'accepterai pas d'allégation anonyme (…) Par contre, cette personne, si elle désire que son nom reste confidentiel, je ne le donnerai pas, même au président du CNRS » assure Rémy Mosseri. Par ailleurs, pour protéger les scientifiques de fausses déclarations, il est rappelé que ces dernières relèvent de la législation sur les dénonciations calomnieuses.

Une fois reçue, l'accusation sera analysée scientifiquement et suivie, éventuellement, de sanctions ordonnées par le président du CNRS.

Cette nouvelle procédure aura aussi pour objet de « quantifier le nombre de fraudes » avance le CNRS. Espérons que ces données ne seront pas, elles aussi, faussées !

Pour dénoncer une « méconduite » scientifique d’un chercheur relevant du CNRS, une seule adresse : lancement.alerte@cnrs.fr

F.H.

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