Comment vit-on après Fukushima ?

Paris, le mercredi 12 mars 2014 – Le Japon s’est figé hier, glacé par le souvenir du tremblement de terre et du tsunami du 11 mars 2011. L’émotion était plus profonde encore pour tous les habitants de la préfecture de Fukushima, qu’ils aient ou non quitté la région, par choix ou par contrainte. A la douleur des souvenirs et parfois à la colère, s’ajoutent les incertitudes quant aux conséquences sanitaires de l’accident nucléaire provoqué par la catastrophe naturelle.

On le sait, les experts internationaux sont plutôt rassurants : les Nations Unies ont indiqué qu’elles ne s’attendaient pas à une hausse du nombre de cancers liée à l’accident de Fukushima, tandis que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) considère qu’on devrait uniquement assister à une légère augmentation chez les nouveau-nés. De fait selon l’université de médecine de Fukushima, la population a été exposée à des niveaux de radiation limitée : la dose maximale au cours des quatre premiers mois aurait été de 25 millisievert (mSv) et 95 % des habitants de la préfecture n’ont pas reçu de dose supérieure à 2 mSv, soit des niveaux inférieurs aux 100 mSv au-delà desquels une hausse du nombre de cancer est confirmée.

Cancer de la thyroïde chez l’enfant : des données encore difficile à interpréter

Néanmoins, une surveillance active des populations a été mise en place par les autorités japonaises. Elle concerne notamment le risque de cancer de la thyroïde chez les enfants vivant dans la préfecture de Fukushima au moment de l’accident. Selon des chiffres récemment publiés par la faculté de médecine de Fukushima, sur les 238 785 enfants suivis, 26 souffrent de cancers de la thyroïde et on recense 32 cas suspects. Ces résultats sont supérieurs aux taux attendus, soit un à deux cancers pour un million d’enfants âgés de 10 à 14 ans. Néanmoins, les spécialistes japonais invitent à garder une certaine prudence face à ces résultats en apparence alarmants. « Contrairement à Tchernobyl, aucun cas de cancer de la thyroïde n’a été détecté chez de très jeunes enfants » expliquent notamment les praticiens cités par Sciences et Avenir. L’existence d’un biais statistique, en raison de l’étude systématique de toute une classe d’âge est également mise en avant. « Il n’existe aucune donnée sur les cancers de la thyroïde de ces enfants avant l’accident. On ne peut donc pas comparer la situation actuelle avec une situation normale. Le plus important sera de comparer le nombre de cancers diagnostiqués au cours du premier examen au nombre de nouveaux cas observés chaque année. (…) S’il reste constant, on pourra en déduire qu’il n’y a pas d’effet Fukushima. En revanche, si l’incidence augmente, alors on pourra parler d’un tel effet », confirme Jean-René Jourdain, adjoint à la direction de la protection de l’homme au sein de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), cité par Futura Sciences.

Grandir à Fukushima, c’est grandir sans voir le soleil

Autre objet d’attention marquée de la part des autorités sanitaires : les conséquences psychologiques de la catastrophe. Les premiers résultats sont en la matière assez inquiétants. Récemment, des statistiques officielles, compilant les résultats de plusieurs enquêtes ont estimé que le stress, les suicides et diverses complications favorisées par la catastrophe ont tué 1 656 personnes depuis le 11 mars 2011. L’alcoolisme aurait également connu une importante progression, tandis que la proportion de divorce s’est accrue chez les habitants de la préfecture de Fukushima. Il faut dire que les conditions de vie autour de la zone encore interdite restent synonymes d’enfermement et d’inquiétudes permanentes. Dans plusieurs villes de la préfecture de Fukushima, comme à Koriyama située à une soixantaine de kilomètres des installations nucléaires, il était recommandé jusqu’en octobre dernier de limiter les sorties des enfants de moins de 2 ans à 15 minutes par jour et ceux de 3 à 5 ans à 30 minutes. Si ces conseils ont été levés cet automne, familles et établissements scolaires sont nombreux à continuer à les appliquer. Les restrictions ne concernent pas uniquement les jeux en plein air, l’alimentation est également un sujet de suspicion constant. Beaucoup prennent un soin extrême dans la sélection de leurs produits, redoutant toujours la radioactivité.

Des liquidateurs condamnés… au silence

Ces attitudes témoignent d’une certaine défiance par rapport aux messages officiels, défiance qui s’est installée au lendemain de la catastrophe et qui perdure encore. L’exemple des « liquidateurs » de la centrale n’incite guère plus à la confiance. Il a en effet été démontré que beaucoup ont été contraints de dissimuler les niveaux de radioactivité auxquels ils étaient exposés. La santé de ces travailleurs constitue aujourd’hui la situation la plus préoccupante. Selon le Monde, sept décès ont été enregistrés parmi les 3 000 à 4 000 travailleurs qui ont œuvré sur le site de la centrale depuis mars 2011. L’opérateur Tepco responsable de l’installation indique que 173 ouvriers ont été exposés à une dose de radiation supérieure à 100 millisieverts. Des chiffres qui pourraient être revus à la hausse, en raison des révélations récentes concernant les conditions de travail sur le site.

Fukushima et le souvenir du 11 mars n’ont pas fini de hanter la vie des Japonais.

Aurélie Haroche

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