Conférence Sida : apaisement des polémiques et avalanche d’études positives

Paris, le mardi 25 juillet 2017 – Après une ouverture marquée, comme souvent, par les critiques virulentes des associations, l’heure était à l’apaisement hier lors du deuxième jour de la conférence internationale de recherche sur le Sida qui se tient à Paris jusqu’à la fin de la semaine. Très déçues de l’absence du Président de la République, Emmanuel Macron, lors de l'ouverture de la rencontre dimanche, les associations de lutte contre le Sida ont été reçues hier à l’Elysée et ont été rassurées par les engagements du chef de l’Etat. Ce dernier devrait notamment faire des « annonces dans les jours à venir sur les populations les plus fragilisées vis-à-vis du VIH, notamment les populations migrantes » a indiqué le président d’Aides, Aurélien Beaucamp. « On aurait aimé qu'il soit là (dimanche) mais en même temps on a apprécié son honnêteté sur le fait de dire qu'il souhaitait travailler en amont le dossier et discuter avec nous pour bien comprendre les enjeux » a de son coté observé la directrice générale de Sidaction, Florence Thune. Les organisations indiquent cependant qu’elles demeurent vigilantes quant à la concrétisation des déclarations d’Emmanuel Macron.

Les victoires du Swaziland

Alors que le front politique s’apaisait, l’attention a pu davantage se concentrer sur les multiples nouvelles encourageantes concernant l’épidémie et la lutte contre le virus. Après les chiffres éloquents publiés par l’ONUSIDA (que nous avons évoqués dans ces colonnes la semaine dernière) confirmant le recul de l’épidémie et du nombre de morts, l’exemple du Swaziland, exposé hier, s’est révélé particulièrement marquant. Pays du monde le plus touché par le Sida, avec près d’un tiers des adultes infectés, le Swaziland est parvenu à diviser par deux le nombre de nouvelles contaminations depuis 2011. Des efforts conjugués pour multiplier le nombre de dépistages et élargir l’accès aux traitements ont permis ces avancées spectaculaires. L’accent a également été mis sur la prévention, avec notamment des campagnes invitant à la circoncision : le nombre d’hommes concernés a ainsi doublé en cinq ans. Parmi les chiffres les plus marquants, on retiendra que le nombre de patients traités est passé de 37 à 74 % ! 

Vaccin : l’espoir renaît

L’espoir vient également d’un possible élargissement de l’arsenal thérapeutique disponible. La mise au point d’un vaccin, notamment préventif, a régulièrement été l’objet de désillusions. Cependant, un essai encourageant a été présenté hier. Ce nouveau vaccin expérimental, présenté comme "à double détente", éveille d’abord le système immunitaire avec pour vecteur un virus responsable de rhinite, avant de le doper avec une protéine se trouvant sur l'enveloppe du VIH. Le développement de ce prototype est réalisé par les laboratoires Janssen.  Un test réalisé sur 393 volontaires dans cinq pays (Etats-Unis, Rwanda, Ouganda, Afrique du Sud et Thaïlande) a permis d’obtenir la production d'anticorps chez 100 % des participants. « Ces données prometteuses, combinées aux avancées d'autres chercheurs dans ce domaine, autorisent à être de nouveau optimiste quant à la possibilité de développer un vaccin contre le VIH » a salué le Pr Dan Barouch, membre de l'équipe de recherche, au cours d'une conférence de presse. Après cette première étape, de nouveaux tests conduits chez des sujets à haut risque de contamination doivent être lancés à la fin de l’année, en Afrique.

Vers un traitement à action prolongée ?

Outre la piste vaccinale, les efforts de la recherche se concentrent également sur l’amélioration des traitements actuels, ce qui permettrait d’accroitre l’observance, une des clés de la réussite de la lutte contre l’épidémie. Ainsi, ont été considérés comme très intéressants des travaux ayant mis en évidence l’efficacité d’un traitement reposant sur une injection mensuelle de traitements antirétroviraux pour maintenir une charge virale indétectable. Les molécules utilisées dans l’essai présenté hier sont le cabotegravir, développée par ViiV Healthcare, une filiale de GSK, Pfizer et Shionogi spécialisée dans le VIH et la rilpivirine développée par Janssen (groupe Johnson and Johnson).  Les deux laboratoires ont conclu une alliance pour faire de la combinaison de ces deux molécules « le premier traitement injectable à action prolongée » contre le VIH. Cependant, des difficultés doivent encore être levées : le caractère injectable pourrait ne pas être adapté à toutes les situations et des effets secondaires ont été constatés.

Les rémissions énigmatiques

Enfin, la lutte contre le Sida demeure toujours concentrée sur les spécificités des patients chez lesquels la charge virale demeure indétectable longtemps après l’interruption du traitement initié très rapidement après l’infection. Ainsi, a été dévoilé hier par le directeur de l’Institut américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID), Anthony Fauci, le cas d’une petite fille sud africaine de neuf ans, en rémission après avoir été traitée pendant 40 semaines juste après sa naissance. L’enfant fait partie d’un essai clinique lancé en 2007 sur 142 nourrissons divisés en deux groupes : le premier avait été traité pendant 40 semaines et le second pendant 96 semaines. La petite fille appartenait au premier et fait partie de la poignée de patients à travers le monde présentant un profil similaire et dont les particularités ne cessent d’interroger les spécialistes. «  Le seul point commun entre toutes ces personnes est qu'elles ont été traitées très tôt au cours de l'infection, mais nous ne savons absolument pas quels sont les mécanismes en jeu. Il est possible que ces patients aient développé des anticorps neutralisants à large spectre ou une réponse immunitaire des lymphocytes T. (…) Une explication possible est que le traitement précoce a éliminé les virus capables de se répliquer et n'a laissé que des fragments que nous détectons grâce à des sondes moléculaires » a indiqué Anthony Fauci cité par le Quotidien du médecin. De nouvelles études concernant les divers aspects de la maladie doivent continuer à être présentées aujourd’hui et demain.

Aurélie Haroche

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