Coronavirus : comparaison est parfois raison !

Paris, le samedi 1er février 2020 – « Nouveau coronavirus : grosse peur ou principe de précaution ? ». Ne vous y trompez pas ce titre du JIM ne date pas d’hier mais de 2012 et est celui d’un article qui s’intéressait aux premiers cas d’infection par le MERS-CoV. L’auteur s’interrogeait entre autres sur les réactions suscitées par l’identification de premiers cas et signalait la difficulté pour les pouvoirs publics d’éviter d’adopter des réponses potentiellement dommageables pour la santé publique soit en raison de leur sous-estimation du risque soit d’une sur-estimation.

Transparence

Huit ans plus tard, les mêmes préoccupations sont exprimées par de nombreux observateurs et pour conduire ces analyses le filtre de la comparaison est toujours un outil privilégié. Ainsi, beaucoup notamment se sont attelés à repérer les différences et les similitudes avec l’épidémie de SRAS. Les commentateurs ont ainsi été nombreux à se féliciter des progrès de la Chine en matière de transparence dans la diffusion de leur information. « Notons d’ailleurs que l’information concernant ce nouveau coronavirus de Wuhan provient du gouvernement chinois et que celle-ci a été émise rapidement et en toute transparence. Il semble qu’aucune rétention d’information n’a été faite pour le drame actuel, ce qui n’est pas une évidence dans un pays dont l’idéologie communiste préfère ne parler que des choses qui vont bien » constate par exemple Sylvain Rakotoarison sur son blog consacré à l’éthique et à la médecine.

Tradition et modernité

Pourtant, la suspicion de pressions exercées par la Chine sur l’Organisation mondiale de la Santé et l’empressement de cette institution à affirmer que son choix de décréter la situation urgence sanitaire mondiale n’était pas une motion de défiance vis-à-vis de l’Empire du milieu et qu’il ne fallait surtout pas suspendre les échanges avec lui ont quelque peu atténué cet optimisme. Surtout, si on peut considérer que la Chine a donné avec la gestion de cette épidémie les gages de la plus grande modernité (à travers notamment la rapidité du séquençage du coronavirus), on observe également parallèlement que la persistance de certaines traditions n’est peut-être pas totalement étrangère à l’émergence fréquente dans ce pays de nouveaux risques infectieux. C’est ce que rappelle le docteur Jean-Daniel Flaysakier sur son blog qui allant à contre-courant de nombreux titres d’articles débute un récent billet de blog en relevant : « Dix-sept ans après l’épidémie de SRAS, lié à un coronavirus, l’alerte sanitaire partie de la ville de Wuhan, dans le sud de la Chine, montre que non seulement les leçons du premier épisode n’ont pas été retenues, mais que les marchés chinois sont une aubaine pour un certain nombre de virus. (…) C’est presque un inventaire à la Prévert qu’on peut dresser en déambulant sur les marchés du sud de la Chine, comme celui de Wuhan. A côté des fruits et légumes, de la viande de bœuf, de porc ou de mouton, des crustacés et de la volaille, on trouve toutes sortes d’animaux vivants. Cela va des serpents aux chauves-souris, en passant par des blaireaux, des marcassins, des louveteaux, des otaries, voire des marmottes ou encore des rats de bambou. On peut même y trouver des civettes masquées, ces animaux qui furent les hôtes intermédiaires du coronavirus à l’origine, en 2002 de l’épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère ou SRAS. Officiellement, elles n’ont plus le droit de cité sur les marchés chinois, officiellement ! Car ces marchés d’animaux vivants sont une parfaite illustration de ce que peut être la difficulté de mener une politique de santé publique efficace. Il y a les évidences scientifiques et face à elles, le poids des traditions, de la culture, des croyances et le besoin de montrer sa puissance ou sa fortune. En 2002 on avait établi que le virus avait pour réservoir la chauve-souris et que l’hôte intermédiaire était la civette masquée, petit mammifère dont les glandes anales secrètent une sorte de musc très recherché. La Chine avait alors interdit la présence de ces animaux sur les marchés et en avait fait abattre des quantités faramineuses. Pour autant on peut toujours s’en procurer, illégalement. (…) Pourquoi donc ces marchés abritent-ils ainsi des espèces sauvages en si grand nombre, au risque de faire courir un risque de disparition pour certaines espèces, comme les pangolins ? D’abord et avant tout parce que dans certaines régions de Chine, particulièrement dans le sud, on prête à moult espèces des vertus médicinales et curatives qui sont parfaitement empiriques et n’ont, bien entendu, jamais été démontrées. (…) Malgré des appels officiels de chercheurs et de spécialistes de la faune chinois, malgré des injonctions gouvernementales, le trafic et la contrebande continuent. Fermer les yeux c’est aussi acheter une certaine paix sociale, car vu les prix pratiqués, cela améliore l’ordinaire des paysans et des chasseurs. Et vouloir briser cet état de fait n’est pas sans risques, surtout face aux apparatchiks du Parti, petits seigneurs provinciaux dont la peur est de déplaire au pouvoir central et qui veulent donc préserver la paix à tout prix. C’est ainsi que huit médecins qui, début janvier, avaient lancé l’alerte sur la survenue de nouveaux cas de pneumopathies à Wuhan ont été arrêtés et accusés de diffuser de fausses nouvelles ! Ils font actuellement l’objet d’une « réhabilitation » spécialité des régimes communistes historiques ! » nous détaille l’ancien spécialiste des questions de santé de France 2 qui permet de quelque peu nuancer l’image d’une Chine vertueuse.

Folie virale

Non contente de nous permettre de découvrir l’envers du décor, la comparaison peut également être une arme de dénonciation. C’est ainsi que l’entend probablement le professeur Didier Raoult directeur de l’Institut hospitalier Universitaire de Marseille (praticien qui ne fait pas l’unanimité comme en témoigne le ton moqueur qu’utilise pour évoquer ses contributions le docteur Grange sur son blog Docteur du 16) qui dans un billet filmé ne cache pas une certaine exaspération face au déferlement médiatique autour du coronavirus. Il calcule en effet que quelques 600 personnes mourraient en France chaque année victimes d’un coronavirus ou encore 1 900 autres d’une infection à virus syncytial dans une totale d’indifférence. Fustigeant à plusieurs reprises une forme de « folie » qui s’est emparé du monde, il se demande avec ironie les raisons qui poussent beaucoup d’entre nous à chercher aussi loin des raisons d’avoir peur quand de vrais sujets de préoccupation existent ici. Il prédit par ailleurs que de nombreuses autres alertes de ce type se multiplieront dans les prochaines années compte tenu de l’appétence des chercheurs chinois pour le décryptage de coronavirus, grâce à une volonté politique soutenue en faveur de la recherche en biologie virale.

Tout n’est que littérature

La comparaison peut enfin être littéraire, ce qui ouvre la voie à une distance souvent salutaire. Ainsi, Sylvain Rakotoarison nous invite pendant les périodes d’isolement à relire le roman Erectus, signé de Xavier Müller et sorti en 2018. « Ce "thriller"  (…) a été écrit par un docteur en science qui semble bien connaître les rouages de l’OMS et le fonctionnement des virus, et qui s’est reconverti dans l’écriture pour le grand plaisir de ses lecteurs. (…) Si je parle de ce livre, c’est parce qu’il y a beaucoup de pages qui analysent avec vraisemblance les relations entre les scientifiques (biologistes, virologues, paléontologues), les responsables politiques (ceux qui décident), et le grand public (en particulier, la presse). Le problème d’une pandémie, c’est l’urgence : l’urgence à détecter la cause du mal, à savoir le virus, savoir éventuellement en faire des vaccins (ce qui est très rare), mais aussi l’urgence à mettre en place toutes les procédures de prévention et de contrôle pour éviter toute propagation du virus (isolement, mise en quarantaine, etc.). Or, ces deux urgences sont contradictoires en termes de communication publique. L’urgence pour éviter la propagation nécessite une information publique immédiate et totale, tandis que l’urgence pour faire de la recherche sur le sujet nécessite réflexion, doute, discrétion, silence et efficacité » relève le blogueur qui convie donc la littérature pour analyser la situation actuelle.

C’est une autre littérature qui a la préférence du docteur Hervé Maisonneuve, qui comme à son habitude sur son blog se concentre sur les efforts des revues internationales. Il révèle à cet égard que la primauté du Lancet s’explique peut-être par le fait que la célèbre revue compte un bureau à Pékin. D’une manière générale il note que « les revues générales sont en compétition, avec des articles reviewés et publiés très rapidement et en accès libre (je suppose que les auteurs ont négocié le payement des APCs) » épingle Hervé Maisonneuve. Ainsi, l’auteur invite à son tour à ne pas se contenter de l’enthousiasme que peut susciter une science apparemment active en mesurant les enjeux de cette surréactivité. 

Bientôt un autre travail de comparaison permettra de déterminer dans quelle mesure les innovations de cette gestion d’épidémie auront contribué (ou pas) à une meilleure réponse face au risque avéré.

A suivre en relisant ou en visionnant les blogs de

Sylvain Rakotoarison :  http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200121-coronavirus-wuhan.html
Jean-Daniel Flaysakier : http://www.docteurjd.com/2020/01/30/nouveau-coronavirus-heureux-comme-un-virus-sur-un-marche-chinois/Coronavirus
Didier Raoult : https://www.mediterranee-infection.com/coronavirus-en-chine-doit-on-se-sentir-concerne/
Hervé Maisonneuve : https://www.redactionmedicale.fr/2020/01/coronavirus-%C3%A0-wuhan-the-lancet-a-publi%C3%A9-99-cas-le-29-janvier-2020-.html

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Bis repetita

    Le 01 février 2020

    Je remercie tout d'abord A(H5N1) d'avoir raté son invasion, ensuite Mme Bachelot qui n'a pas raté l'occasion.
    Pour ceux qui n'ont pas suivi, je rappelle les textes du Sénat relatifs justement à ce phénomène et aux mesures mises en oeuvre.
    Je rappelle également que toutes les entreprises, administrations et établissements ont été incités (certains ont été sommés) à construire et rédiger des plans de sauvegarde de continuité de service qui n'ont pas pris une ride et sont immédiatement applicables.

    De ce côté même la peste peut revenir, nous sommes parés pour peu que les mesures soient mises en oeuvre.
    Tous les responsables qualité/gestion de crise/Directeurs ont tout ce qu'il faut.
    On est loin de la ligne Maginot.

    Bon, d'accord, Mme Bachelot a fait dépenser inutilement des sous en masques qui encombrent encore les sous-sols des administrations, en pédiluves et autres babioles, mais n'en dépense-t-on pas autant en airbags et ceintures de sécurité ?

    La prévention ne coûte cher qu'avant l'accident.
    Mme Buzin, de son côté semble minimiser, elle n'est pas la seule.
    Elle aura vraisemblablement raison.
    Le Hic c'est "vraisemblablement".

    Dominique Barbelet

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