Cough Hypersensivity Syndrome ou CHS : un acronyme qui demande encore à être défini

La toux chronique (>8 semaines) et la toux réfractaire (un an) sont des symptômes qui altèrent considérablement la qualité de vie. pour rappel, ces toux peuvent être idiopathiques avec des facteurs aggravants et pas de réponse au traitement, psychogènes (?), ou appartenir à un syndrome clinique que les anglo-saxons définissent comme étant le cough hypersensitivity syndrome (CHS). Dans ce dernier, la toux n’est pas qu’un symptôme mais aussi et surtout la conséquence d’un dérèglement du réflexe de la toux. Ce syndrome clinique est caractérisé par une toux gênante souvent déclenchée par une exposition thermique, mécanique ou chimique de bas niveau et après une infection virale des voies aériennes, un stress, …

Une définition qui se précise

Le CHS est défini par une toux sèche, en quintes difficiles à contrôler, de jour et/ou de nuit, permanente, déclenchée par des stimuli non tussigènes, tels que chanter, parler, rire, inspirer profondément (allotussia) ou une sensibilité accrue aux stimuli inhalés classiques : aérosols, parfums, odeurs (hypertussia) ou à l’occasion d’un repas, d’un décubitus ou d’un exercice physique. Elle altère la qualité de vie, pas uniquement par le stress qu’elle engendre lorsqu’elle se produit dans des lieux publics (concert, cinéma, restaurant), mais aussi parce qu’elle peut générer une incontinence urinaire chez la femme ou de véritables ictus laryngés avec syncope. Elle retentit sur la vie de couple et sur l’entourage. Parfois isolée, elle peut aussi être associée à des causes reconnues de toux (ORL, iatrogènes : IEC, tabac, maladie respiratoire, reflux, asthme, inflammation à éosinophiles) réalisant alors un overlap syndrome.
 
Le mécanisme de la toux est complexe lié à des afférences vagales, essentiellement via les fibres C non-myélinisées, et activées par des molécules de la famille des vanilloïdes (V) telle que la capsaïcine présente dans le piment. Ces récepteurs interviennent dans les mécanismes nociceptifs et s'activent en réponse à un stimulus thermique supérieur à 44 °C, et dans une moindre mesure par les fibres Aδ, fibres myélinisées mécanoréceptrices qui réagissent à un contact ponctuel. Des arguments forts existent pour faire de cette toux une neuropathie sensitive qui conduit à une sensibilisation et une diminution de la capacité à contrôler la toux même lorsqu’elle est traitée avec des médicaments réputés efficaces pris à dose correcte.

Mise au point et traitement mal défini

Cette toux est différente des autres toux réfractaires dans lesquelles l’origine de la toux est connue mais non contrôlable (cancer, fibrose). Classiquement, la mise au point du CHS devrait comporter une radiographie du thorax et un scanner afin d’éliminer une pathologie cardio-pulmonaire évolutive et les causes de toux non radiovisibles, une pathologie interstitielle, une fibrose débutante, des bronchectasies, une bronchiolite, … La fibroscopie bronchique n’a pas de réelle utilité a précisé Roger Escamilla (Toulouse).

Hors le CHS, les étiologies les plus courantes de la toux chronique (80 % des cas) sont le syndrome de toux d’origine des voies aériennes supérieures (STOVAS ou jetage postérieur), les inflammations à éosinophiles (asthme, bronchite à éosinophiles non asthmatique ou BENA) et le reflux gastro-œsophagien (RGO). La CHS est alors une toux qui persiste malgré un traitement bien conduit. Aucun antitussif n’est réellement efficace, ce qui explique que certains auteurs aient testé la morphine. Avec un certain succès, aux dépens cependant d’effets secondaires qui font reculer devant son utilisation au long cours.

Le recours à certaines thérapies non médicamenteuses peut être envisagé : rééducation de la voix par orthophonie, éducation thérapeutique, psychothérapie, yoga, hypnose ou sophrologie, méditation en pleine conscience, aromathérapie, …, avec des succès mitigés, mais parfois bien réels. Last but not least, le menthol, qui active les récepteurs TRPM8 a montré dans certains cas une action antitussive rehaussée par la sensation de fraîcheur qu’il octroie. Il réduit la toux provoquée par la capsaïcine et l’acide citrique et, a conclu Roger Escamilla, il parfume l’haleine et est inoffensif par rapport à un antitussif classique.

Alors, syndrome fourre-tout ? Fibromyalgie du pneumologue ? Ou neuropathie sensitive dont on a encore tout à connaître ? A chacun sa religion, mais de toute manière, véritable défi pour le pneumologue !
 

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Escamilla R : Toux chronique réfractaire et le cough hypersensitivity syndrome. 23ème CPLF (Congrès de Pneumologie de Langue Française) (Marseille) : 25-27 janvier 2019.

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Vos réactions (1)

  • Autres causes ?

    Le 05 février 2019

    Intéressant comme article. Il oublie de mentionner d'autres causes directes intentionnellement ignorées par la communauté:les EHS ou électro hyper sensibilités dues aux champs magnétiques ou aux produits chimiques industriels, entrainant un véritable choc thermique au niveau ORL responsables de spasmes bronchiques et d'allergies et révélant même des pathologies méconnues tels des allergies à éosinophiles, des infections respiratoires chroniques à Chlamydiae pneumoniae qui elles mêmes entrainent une chronicité des asthmes. Etudes toujours réalisées à l'étranger mais en France je n'ai pas vu d'articles en ce sens pour le traitement des infections chroniques à Chlamydiae

    Dr Azedine Abboud

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