Covid-19 : des symptômes digestifs près d’une fois sur deux…

Le Covid-19 a acquis le statut épidémiologique de pandémie mondiale. Dans l’immense majorité des cas, le tableau clinique inaugural est celui d’une infection respiratoire ou grippale souvent fébrile combinant les signes ou symptômes suivants : toux, éternuements ou encore dyspnée. Ce ne sont pas cependant les seules manifestations de l’infection par le SARS-CoV-2, mais la prévalence des symptômes autres que pulmonaires reste mal connue. Il en est notamment ainsi des troubles digestifs qui sont mentionnés de manière épisodique ou anecdotique dans les nombreuses publications consacrées au Covid-19 depuis le début de l’année.

Prévalence de près de 50 % dans une cohorte de patients de Hubei

Or il semble que la prévalence de ces symptômes gastro-intestinaux soit largement sous-évaluée comme le suggèrent les résultats d’une étude transversale multicentrique réalisée dans la province du Hubei (Chine) à laquelle ont participé trois centres hospitaliers entre le 18 janvier et le 28 février 2020. Le suivi a par ailleurs été assuré jusqu’au 5 mars 2020.

La cohorte étudiée se compose de 204 patients (âge moyen 54,9±15,4 ans ; hommes : n=107) chez lesquels l’infection par le SARS-Cov-2 a été, dans tous les cas, confirmée par RT-PCR. Des symptômes digestifs qui étaient au demeurant au premier plan du tableau clinique ont été rencontrés chez près d’un patient sur deux (48,5 %).

Un signe de gravité

Dans ce cas de figure, le délai avant l’admission était un peu plus long que lorsque les symptômes étaient autres 9,0 versus 7,3 jours en moyenne. Ces troubles digestifs revêtaient plusieurs formes : anorexie (83,8 %), diarrhée (29,3 %), vomissements (0,8 %) ou encore douleurs abdominales (0,4 %). Dans sept cas, il n’existait aucun symptôme respiratoire associé.

Par ailleurs, les troubles digestifs ont pris de plus en plus d’importance au fur et à mesure que la maladie devenait de plus en plus sévère au point d’acquérir une certaine valeur pronostique. Ainsi, en l’absence de symptômes digestifs, les chances de guérison sont apparues près de deux fois plus élevées, soit 60 % versus 34,3 % en leur absence. Dans cette série, aucune atteinte hépatique n’a été révélée par les tests biologiques courants.

Savoir évoquer le Covid-19 devant des troubles digestifs inexpliqués

Cette étude descriptive qui émane de la province du Hubei- pendant longtemps l’épicentre de l’épidémie chinoise – porte sur un effectif relativement restreint constitué au cours des deux premiers mois de ce qui est désormais une pandémie mondiale. Ses résultats sont cependant suffisants pour alerter quant à la prévalence élevée des symptômes digestifs au cours du Covid-19. Près d’une fois sur deux, ces derniers, notamment une diarrhée, dominaient même le tableau clinique, tout en étant accompagnés des manifestations respiratoires classiques. Les formes purement digestives d’un point de vue symptomatique restent toutefois minoritaires (3,5 %) dans cette série.

Par ailleurs, ces symptômes digestifs semblent avoir une valeur pronostique car leur aggravation parallèle à la sévérité croissante de la maladie semble être associée à des chances de survie plus réduites, ce qui reste toutefois à confirmer par des études sur des cohortes plus conséquentes et plus contemporaines de l’évolution de la pandémie.

Quoi qu’il en soit, chez un patient à risque d’infection par le SARS-Cov2, il faut savoir évoquer la possibilité de ce diagnostic devant des troubles digestifs inexpliqués, sans attendre l’apparition ou la majoration de signes ou symptômes respiratoires qui peuvent ne pas être au premier plan…

Dr Philippe Tellier

Référence
Pan L et coll. : Clinical characteristics of COVID-19 patients with digestive symptoms in Hubei, China: a descriptive, cross-sectional, multicenter study. Am J Gastroenterol 2020 : publication avancée en ligne le 18 mars.

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Vos réactions (2)

  • Écoulement ORL

    Le 25 mars 2020

    S'il y a bien des formes digestives en apparence sans symptômes respiratoires, pensez à demander si la personne atteinte de ces diarrhées ne cesse d'avaler ses propres secrétions naso-pharyngées.

    Dr JD

  • Formes digestives: un facteur favorisant ?

    Le 26 mars 2020

    Le Corona Virus a un tropisme essentiellement respiratoire. Il provoque des sécrétions dans les cavités nasales ainsi que dans la trachée et les bronches. Ces sécrétions ont deux avenirs: soit d'être remontées en surface pour être recrachées (habitudes plutôt masculines) ou bien elles sont rassemblées dans l'arrière gorge pour être avalées dans le tube digestif (surtout par les femmes).

    C'est dans cette deuxième éventualité que l'on constate l'apparition de formes digestives. Dans le passé les personnes qui ne crachaient pas leurs BK pouvaient être victimes plus que d'autres, de tuberculose digestive.

    Dr JD

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