Covid-19 en soins intensifs, ne pas compter sur les statines

Les statines ont de nombreuses vertus. Outre leur effet anti-inflammatoire et antioxydant, elles améliorent la fonction endothéliale, possèdent des activités anti-thrombotique et, bien que plus modestes, fibrinolytiques. Quelques études menées avant l’apparition de la Covid-19 montraient qu’elles pourraient conduire à une réduction de la mortalité chez des patients présentant un syndrome de détresse respiratoire aigu hyperinflammatoire. Des études observationnelles ont aussi suggéré que des antécédents de prise de statine ou la poursuite d’un traitement de statine pendant une hospitalisation améliorait le pronostic des patients atteints de Covid-19. Il n’en fallait pas plus pour que des travaux soient entrepris pour évaluer leur impact sur le pronostic des infections sévères par le SARS-CoV-2.

Une équipe iranienne publie les résultats d’un essai multicentrique qui a enrôlé 605 patients admis en soins intensifs pour la Covid-19. Il s’agit d’un essai randomisé avec plan factoriel 2x2. La première randomisation testait l’effet sur la coagulation d’une dose intermédiaire d’héparine versus une dose standard. La seconde concernait donc l’atorvastatine : les patients étaient randomisés pour recevoir quotidiennement 20 mg d’atorvastatine (n = 290) ou un placebo (n = 297). Le critère principal d’efficacité était composite et incluait la survenue d’une thrombose veineuse ou artérielle, la nécessité d’une oxygénation par membrane extracorporelle ou la mortalité toutes causes dans les 30 jours suivant la randomisation.

Une activité trop faible pour être détectée…

La déception est sans doute à la hauteur des attentes. En effet, le critère principal composite survient chez 95 patients du groupe atorvastatine (33 %) et 108 du groupe placebo (36 %) (Odds ratio OR 0,84 ; intervalle de confiance à 95 % 0,58 à 1,21). Le décès survient chez 90 (31 %) patients ayant reçu l’atorvastatine et 103 (35 %) de l’autre groupe (OR 0,84 ; IC 0,58 à 1,22). Les analyses complémentaires portant sur les accidents thromboemboliques veineux, la durée d’hospitalisation en soins intensifs, la survenue d’une fibrillation ventriculaire ou la nécessité d’une dialyse, ne permettent pas non plus de mettre en évidence la supériorité de l’atorvastatine sur le placebo dans cette situation. Il n’apparaît pas de différence en termes de myopathies ou d’altération du bilan hépatique. Les analyses en sous-groupes (genre, obésité, diabète) ne parviennent pas non plus à faire la différence.

Les auteurs avancent quelques explications possibles à ces résultats. Ils ne rejettent pas une possible efficacité, trop faible pour être détectée dans cet essai. Ils émettent l’hypothèse d’une efficacité à la phase précoce de l’infection, avant que la réponse inflammatoire ne crée des dommages irréversibles. Un suivi prolongé jusqu’à 90 jours a été entrepris et est en cours.  

Dr Roseline Péluchon

Références
INSPIRATION-S Investigators : Atorvastatin versus placebo in patients with covid-19 in intensive care: randomized controlled trial. BMJ2022;376:e068407. DOI: 10.1136/bmj-2021-068407

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