Covid-19 : les premiers pas prometteurs d’un vaccin à ARNm

Voici un rapport préliminaire sur l’un des 120 candidats vaccins de la course effrénée à la lutte contre la Covid-19. Fruit d’une approche très innovante, le vaccin candidat ARNm-1273 utilise l’ARN messager de la glycoprotéine spike (S) du SARS-CoV-2 encapsulé dans des nanoparticules lipidiques. A partir de cette ARNm la machinerie cellulaire va donc fabriquer la protéine spike, engendrant ainsi une réponse immune. La glycoprotéine S sert de médiateur pour la fixation du virus à la cellule hôte et est donc nécessaire à l'entrée du virus dans la cellule humaine. Il n’est donc pas étonnant qu’elle soit actuellement la principale cible de nombreux vaccins candidats contre le SARS-CoV-2. Ce vaccin est co-développé par le National Institute of Allergy and Infectious Diseases (promoteur de l'essai) et Moderna Therapeutics (Cambridge, Massachussets), firme dirigée le plus discrètement du monde par un alerte quadragénaire marseillais.

En phase 1

Il s’agit d’un essai ouvert de phase 1 qui évalue la sécurité et l'immunogénicité de l'ARNm-1273 à doses croissantes, mené chez 45 adultes en bonne santé, âgés de 18 à 55 ans, qui ont reçu deux doses, à 28 jours d'intervalle, de 25 μg, 100 μg ou 250 μg. Chaque groupe de doses comptait donc15 participants. Les participants n'ont pas fait l'objet d'un dépistage sérologique ou d'un test RT-PCR pour le SARS-CoV-2 avant leur enrôlement. Le vaccin a été administré sous forme d'une injection de 0,5 mL dans le muscle deltoïde aux jours 1 et 29. Afin de comparer les réponses immunitaires des participants avec celles induites par l'infection par le SARS-CoV-2, 41 échantillons de sérum de convalescence ont également été testés.

Des titres d’anticorps proportionnels à la dose

Après la première dose, les réponses en anticorps ont été d’autant plus fortes que la dose était plus élevée. À J+29, les titre géométriques moyens des anticorps [GMT] anti-S-2P étaient de 40,227 dans le groupe 25 μg, de 109,209 dans le groupe 100 μg et de 213,526 dans le groupe 250 μg.

Après la deuxième dose, les titres d’anticorps ont augmenté (respectivement à J+57, GMT 299,751 ; 782,719 et 1 192,154). Après la deuxième dose, l'activité sérique neutralisante a été détectée par deux méthodes chez tous les participants, avec des valeurs globalement similaires à celles de la moitié supérieure de la distribution d'un panel d'échantillons de sérum de convalescence témoins.

Quelques effets secondaires comme avec les autres candidats vaccins

Trois participants n'ont pas reçu la deuxième vaccination, dont un dans le groupe 25 μg qui a présenté une urticaire des membres inférieurs 5 jours après la première dose, et deux (un dans le groupe 25 μg et un dans le groupe 250 μg) qui ont manqué la deuxième fenêtre de vaccination en raison d'une suspicion de Covid-19 alors que les résultats des tests, finalement négatifs, étaient en attente. Tous ont continué à participer aux visites d'essai prévues. Parmi les effets indésirables observés chez plus de la moitié des participants, figurent la fatigue, les frissons, les maux de tête, des myalgies et une douleur au point d'injection. Les événements indésirables systémiques ont été plus fréquents après la deuxième dose, en particulier avec la dose la plus élevée, et trois participants (21 %) du groupe ayant reçu la dose de 250 μg ont signalé un ou plusieurs événements indésirables jugés graves qui n’ont pas conduit à interrompre l’essai pour autant.

En route pour les phases 2 et 3

Le vaccin ARNm-1273 a donc induit des réponses immunitaires anti-SARS-CoV-2 chez tous les participants, et aucun problème de sécurité limitant les essais n'a été identifié. Ces résultats vont dans le sens de la poursuite du développement de ce vaccin. Sur la base des résultats obtenus chez les volontaires à ces doses, des groupes supplémentaires ont été ajoutés au protocole, dont les résultats seront communiqués lors d'une publication ultérieure. 

Une inconnue de taille et un pari de plus sur le futur

La technologie à base d’ARNm présente l’avantage de la rapidité en réduisant la durée de la phase préclinique à quatre mois seulement. En effet, la production de tels vaccins ne repose que sur de la synthèse chimique et non pas sur de la croissance cellulaire. Mais la grande inconnue est de savoir si ces technologies qui font actuellement la course en tête, peuvent être aussi efficaces que des vaccins atténués.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Jackson LA et coll. : An mRNA Vaccine against SARS-CoV-2 — Preliminary Report. N Engl J Med., 2020; publication avancée en ligne le 14 Juillet. DOI: 10.1056/NEJMoa2022483

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Vos réactions (2)

  • Soyons optimistes et positifs

    Le 31 juillet 2020

    La méthodologie m'a étonné par le fait que les sujets n’ont pas été testés au préalable pour exclure une infection. Finalement ce qui inquiète est la somme engagée dans cette recherche et les biais possibles liés à des conflits d’intérêt possibles. Si le vaccin est efficace ce sera néanmoins un exemple parfait de ce que le monde scientifique est capable de produire en cas de crise! Ceci renforcera la confiance aux scientifiques et à leur intégrité. Dans le cas contraire ce serait un coup dur pour la recherche et pour notre profession ... Mais soyons optimistes et positifs !

    Dr Constantin Schizas

  • Une question sur les EI

    Le 31 juillet 2020

    Quels sont les évènements indésirables jugés graves qui n’ont pas conduit à interrompre l’essai ?

    Dr Jean-Pierre Campagni

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