Covisan, un dispositif d'accompagnement rapproché des malades à connaitre

Paris, le jeudi 21 mai 2020 - La plateforme Covisan développée en Ile-de-France par l’AP-HP vise à prévenir la survenue de nouvelles vagues de contamination, grâce à des actions de prévention directe auprès des personnes potentiellement contaminantes et de leurs contacts. Nous devons l'idée de ce dispositif au Pr Renaud Piarroux (hôpital Pitié-Salpêtrière) qui travaille depuis plus de 25 ans auprès des populations victimes d'épidémies.

Dès le 7 mars 2020, à son retour d'une mission en République Démocratique du Congo, le Pr Piarroux constate l'inadéquation entre la réalité de l'épidémie de Covid-19 en France et les projections des experts. Il sait que cette épidémie sera de grande ampleur et régressera lentement, avec de forts risques de rebonds, en particulier en Ile-de-France. Basée sur son expertise des épidémies dans le monde, la stratégie du Pr Piarroux est de former des équipes mobiles capables d'intervenir rapidement au plus près des malades et de leur entourage. Mieux entendue au niveau régional que national, l'idée du Pr Piarroux est soutenue par Martin Hirsch, patron de l'AP-HP. Un ensemble d'expériences pilotes est lancé à proximité des foyers épidémiques denses d'Ile-de-France. Le projet fédère des partenaires de nombreuses collectivités locales dont la Mairie de Paris, des acteurs privés, des ONG, en collaboration avec l’ARS Ile-de-France. Les pilotes associent médecins de ville et des hôpitaux de l'AP-HP : Pitié-Salpêtrière, Avicenne, Bichat-Claude Bernard et Louis-Mourier. Dès le 12 Avril, pour débuter le premier pilote à La Pitié, le Pr Piarroux sollicite l'humanitaire Jean-Sébastien Molitor (Solidarités International) avec lequel il avait réussi à éliminer le choléra en Haïti ; les deux hommes insufflent un bel élan d'enthousiasme permettant de recruter très rapidement de nombreux volontaires pour constituer des binômes d'intervention au domicile des malades. Issus des secteurs médical et social, ces volontaires sont formés aux savoir-faire (asepsie, test PCR, enseignement des mesures barrières, gestion de questionnaire) et au savoir-être face à des familles affectées par la maladie. Savoir être accueilli par et chez le malade, rassurer, être empathique, humble et neutre, conduire un entretien guidé pour appréhender la situation de chacun des membres du foyer, définir avec le patient des mesures d'isolement adaptées à sa situation… sont autant de thèmes que les volontaires tels que Nadine Madbouli, jeune étudiante en odontologie, ont pu apprendre auprès de formateurs de grandes qualités humaines tels que le Dr Ghada Hatem (gynéco-obstétricienne à Saint-Denis).

Le 26 avril est lancé officiellement Covisan, « dispositif de suivi renforcé des personnes Covid+ » (1). De nombreux partenaires ont apporté leur soutien : édiles des villes et départements d'Ile-de-France, préfet de Paris, unions de professionnels de santé (URPS, CNOM, Communautés de territoires), ONG, associations (Croix-Rouge, La Protection civile, Médecins sans frontière, Aides, Vers Paris sans Sida) et entreprises (Accor, La Poste…). Aujourd'hui piloté par François Crémieux et Vincent Hirsch (deux des principaux directeurs de l’AP-HP), Covisan est installé sur le site de Picpus où il a rejoint le dispositif Covidom qui participe à sa montée en charge.

Un binôme d’intervention pour une gestion complète

En pratique, le médecin qui a diagnostiqué son patient Covid-19 l'enregistre avec son accord dans la base Covisan, où il note ses données d'identification et son statut vis-à-vis du Covid-19 (confirmé PCR+ ou symptômes évocateurs). S'il donne son accord, le patient reçoit chez lui la visite d'un binôme d’intervention Covisan qui enseigne les mesures barrières, offre un « kit sanitaire» composé de masques, de solution hydro-alcoolique, de thermomètre et de plaquettes d'information, organise le confinement, propose le test PCR au patient et à tous les membres de son foyer. Si l'isolement du malade Covid-19 s'avère difficile au domicile, un séjour en hôtel ou en centre d'hébergement dédié est proposé. Si nécessaire, des services peuvent compléter le dispositif : blanchisserie, nettoyage, portage de repas, livraisons de courses… fournis grâce aux partenaires.

« Souvent très attendues, nos visites nous permettent de soulever les craintes, de répondre aux interrogations et de rassurer les patients », rapporte Nadine de son expérience en binôme Covisan. « La réalisation rapide des tests PCR sur place, l’apport du kit sanitaire sont quelques-uns parmi les avantages de notre mobilité. Soulignons aussi que seuls les patients et leur médecin traitant auront accès aux résultats des tests. Libre à eux de communiquer celui-ci à la plateforme Covisan ».

Complémentaire de Contact Covid

Aujourd'hui, Covisan et le dispositif plus récent de l'Assurance maladie (CNAM) restent indépendants mais sont désormais « articulés » ensemble, car tous deux ont le même objectif de casser les chaînes de transmission du Sars-CoV2 et de limiter la propagation du virus. Le « Contact Covid » de la CNAM est plus administratif et limité au suivi d'une chaîne de transmission depuis ses assurés. Covisan, lui, a une approche plus humaniste, et s'adresse à toute personne suspecte de Covid-19, PCR positive ou négative, marginale ou non, ayant ou non accès aux services de santé, familiers ou non des outils informatiques et des procédures administratives. La rencontre bienveillante du binôme de Covisan au domicile du malade lui permet de s'adresser directement aux autres personnes du foyer, et d'adapter le dispositif de protection à la réalité « de terrain ».

Pour le Pr Piarroux, ces deux dispositifs se complètent ; ils permettent d'identifier un grand nombre de foyers infectieux et d'accompagner au mieux les malades..

Véronique Canac et Nadine Madbouli

Référence
1. AP-HP. Lancement de COVISAN : un dispositif de suivi renforcé des personnes COVID +. 26/04/2020

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Vos réactions (2)

  • Magnifique

    Le 22 mai 2020

    Magnifique initiative et parfait exemple de déploiement de l'intelligence collective.

    Dr Bernard Hazon

  • Un autre dispositif pour contrôler les deux premiers !

    Le 22 mai 2020

    Un dispositif Covisan + un dispositif CNAM ? Je propose un troisième dispositif pour coordonner les 2 premiers ? Et un quatrième pour contrôler la bonne marche des 3 autres. Il faut veiller aux dépenses inutiles en santé!

    Dr Lucien Duclaud

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