CQFD : même les fumeurs bénéficient de la loi anti-tabac !

En Écosse, le nombre annuel de décès attribuables à l’exposition à la fumée de tabac environnementale était, avant la loi anti-tabac,  estimé entre 1 500 et 2 000 chez les non-fumeurs. Comme ailleurs, on soupçonnait que ce risque  était accru chez les sujets professionnellement exposés et le Smoking Health and Social Care Act interdisant de fumer dans les lieux publics clos, pubs, bars et restaurants inclus, est entré en vigueur le 26 mars 2006.

Afin d’évaluer l’impact de l’application de cette loi sur la santé des personnels en milieu de travail, des auteurs ont mené une étude prospective, la Bar worker’s Health and Environmental Tobacco Smoke Exposure (BHETSE) study, qui a analysé les données de suivi d’une cohorte de 371 sujets travaillant dans les bars écossais de zones socio-économiques diverses, de régions urbaines et rurales.

Les participants ont été soumis à des questionnaire afin de préciser la prévalence des signes respiratoires (sifflement respiratoire ; manque de souffle ; toux matinale, et le reste de la journée et la nuit ; expectoration) et des symptômes sensoriels (rougeur et irritation oculaires ; éternuements, écoulement nasal ; maux de gorge, raclements) avant la loi anti-tabac (phase 1), puis 2 mois (phase 2) et 1 an après (phase 3), en prenant la mise en place de celle-ci, en compte la saisonnalité. Des dosages de cotinine salivaire ont été réalisés afin de valider les données de tabagisme autorapportées.

Dans les bars, les niveaux de particules de diamètre inférieur à 2,5 mm (PM2,5) ont diminué de 86 % entre les phases 1 et 2, passant d’un niveau moyen de 246 µg/m3 (extrêmes : 8-902 µg/m3) à 20 µg/m3 (6-104 µg/m3).

Sur les 371 sujets initialement enrôlés, 266 ont été vus en phases 2 et 191 en phase 3.

Les sujets vus en phase 1 et 3 (51 % de femmes), étaient âgés en moyenne de 29,5 ans (15-67 ans), travaillaient dans des bars en moyenne depuis 8,2 ans (0-43 ans) lors de l’inclusion, en moyenne 32,6 heures par semaine (2-75 h), et 57 d’entre eux étaient non-fumeurs.

Parmi ces 191 personnes, la proportion de celles ayant rapporté des symptômes respiratoires et sensoriels est passée, entre les phase 1 et 3, de 69 % à 57 % (p = 0,02) et de 75 % à 64 % (p = 0,02) respectivement.

Lorsque les participants victimes d’un « coup de froid » en phase 1 ou 3 étaient exclus de l’analyse, l’effet de réduction des symptômes respiratoires était inchangé.

Les symptômes se sont améliorés chez les non-fumeurs, avec une diminution de l’expectoration (32 % versus 14 % ; p = 0,011) et de la rougeur et de l’irritation oculaires (44 % versus 18 % ; p = 0,001) mais aussi chez les fumeurs, avec une réduction du sifflement respiratoire (48 % versus 31 % ; p = 0,006) et du manque de souffle (42 % versus 29 % ; p = 0,038).

A un an, les effets bénéfiques de l’interdiction de fumer dans les bars d’Écosse sur les symptômes respiratoires et sensoriels semblent donc patents chez les non fumeurs mais aussi chez les fumeurs. Un notion à prendre en compte pour les prochaines évaluations des retombées sanitaires des lois anti-tabac.

Dr Claudine Goldgewicht

Référence
Ayres JG et coll. : Bar worker’s health and environmental tobacco smoke exposure (BHETSE) : symptomatic improvement in bar staff following smoke-free legislation in Scotland. Occup Environ Med, Publication avancée en ligne, 10 février 2009.

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