Craintes en Italie et en France et moins en Autriche et en Grande-Bretagne, qui sommes-nous ?

Paris, le vendredi 30 août 2019 – Ce que l’on appelle abusivement les "substances chimiques"  (car dans notre monde qu’est-ce qui n’est pas chimique ?) suscitent une inquiétude que l’on pressent grandissante dans nos sociétés. Si l’on se réfère en effet aux bruits médiatiques et à leurs échos sur les réseaux sociaux, on est rapidement convaincu que vis-à-vis des pesticides (dits de synthèse) aux produits conservateurs en passant par de nombreuses autres "substances chimiques", les craintes et les mesures d’évitement sont nombreuses.

Une crainte ancrée

Une équipe de chercheurs suisses de l’Institut fédéral suisse de technologie de Zurich a cherché à évaluer la perception des substances chimiques chez nos contemporains en interrogeant 5 631 personnes dans huit pays d’Europe. Un questionnaire destiné à mesurer les craintes, les représentations mais aussi les connaissances a été élaboré et diffusé par différents relais (dont internet). Les résultats laissent apparaître une crainte assez ancrée : invités à répondre par une note de 1 (pas du tout d’accord) à 6 (tout à fait d’accord) à différentes affirmations, les sondés ont souvent manifesté plus d’inquiétude que de sérénité. Les résultats viennent de paraître dans Food and Chemical Toxicology. 

Un monde sans chimie ?

C’est sans surprise chez les Français et les Italiens que l’on constate les réserves les plus fortes. Ainsi, l’affirmation « Les substances chimiques me font peur » a obtenu la note de 4,05 chez les Français, soit la note la plus élevée après celle constatée chez les Italiens (4,09). Loin d’être inexistante, la peur est plus mesurée dans les autres pays : le score dépasse à peine 3 en Autriche (3,03) et atteint 3,18 en Grande-Bretagne. On retrouve des niveaux semblables face à l’affirmation presque absurde (comme l’a relevé sur Twitter un jeune scientifique répondant au pseudonyme de Matadon*) « Je voudrais vivre dans un monde dépourvu de substances chimiques » : 4,42 chez les Français et 4,18 parmi les Italiens, mais 3,51 en Autriche. Cependant, les inquiétudes concernant la santé sont plus marquées chez les Polonais (4,66) et chez les Italiens (4,33) que chez les Français (3,98).

Résultats connus

Les autres résultats de cette enquête laissent apparaître une certaine méconnaissance des mécanismes chimiques les plus simples ou encore des processus de toxicité. Ainsi, seuls 20 % ont répondu correctement à l’affirmation « la structure chimique du sel synthétique est exactement la même que celle du sel naturellement trouvé dans la mer ». Ils ne sont également qu’une minorité à savoir qu’un produit potentiellement toxique peut ne pas présenter de risque à faible dose. Les chercheurs proposent enfin une analyse individuelle des résultats qui met en évidence que la faible confiance dans les autorités et une piètre connaissance des substances chimiques et de leurs effets sont corrélées à un fort niveau de crainte ; ce qui rejoint les conclusions de nombreuses études précédentes sur le sujet.
Cependant, les réponses à ces constatations qui passent par un meilleur enseignement des sciences et une lutte contre certaines idées reçues sont très difficiles à mettre en œuvre. Enfin, on relèvera qu’à l’instar de nombreuses autres enquêtes de ce type, les résultats ne peuvent être considérés comme un parfait reflet des perceptions de l’ensemble de la population, puisque les personnes se sentant spécifiquement concernées par ces sujets auront probablement plus largement participé aux travaux.

 

* Il a proposé sur Twitter une analyse intéressante et détaillée de cette étude, que nous avons en partie reprise.

Aurélie Haroche

Référence
AngelaBearth et coll. : « Lay-people's knowledge about toxicology and its principles in eight European countries », https://doi.org/10.1016/j.fct.2019.06.007

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Vos réactions (2)

  • Pas aussi intelligents que nous

    Le 02 septembre 2019

    Les imbéciles! les crétins! Ils ont peur des produits chimiques et ils ne savent même pas ce que c'est! Ils ne sont pas aussi intelligents que nous, les médecins!

    Dr Jean-Jacques Perret

  • Plus propre mais plus vite

    Le 06 septembre 2019

    Pas de médicaments, en particulier les antibiotiques ou les vaccins.
    On meurt plus "propre", mais plus vite?

    Dr Eric Giblot Ducray

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