Cri d’alarme de France Transplant

Paris, le mercredi 15 janvier 2020 – Début 2019, l’Agence de biomédecine confirmait que l’année 2018 avait été marquée par une baisse « limitée » de l’activité de prélèvement et de greffe. Cette diminution de 5 % concernait notamment les prélèvements chez les donneurs en état de mort encéphalique (- 3 %) et ceux chez les donneurs vivants (- 12 %). L’Agence évoquait plusieurs raisons pour expliquer cette situation : d’abord, un recul encourageant de la mortalité liée aux accidents vasculaires mais aussi de façon plus inquiétante l’impact probable d’une épidémie de grippe d’une sévérité pourtant modérée sur l’organisation des hôpitaux. L’institution voulait croire que la progression des greffes à partir de dons de type Maastricht III (des organes prélevés chez des sujets décédés des suites d’un arrêt cardiaque après une limitation ou un arrêt des thérapeutique) grâce à l’habilitation d’un nombre croissant d’hôpitaux et un regain d’activité en ce qui concerne la transplantation à partir de donneurs vivants permettrait de corriger la tendance. De fait, même si une stagnation peut être constatée dans d’autres pays, signifiant que les résultats des progrès réalisés pour diminuer le nombre de patients en état de mort encéphalique a nécessairement un impact négatif sur l’activité de transplantations, la France connaît des leviers de progression importants. Ils concernent les greffes à partir de donneurs vivants et une diminution du taux de refus, qui en dépit d’une législation dont l’esprit a été récemment rappelé qui présume le consentement de tous, dépasse largement celui observé dans d’autres pays.

Une hausse timide

L’année 2019 n’a pas vu la diminution s’accentuer selon des résultats publiés hier par l’association France Transplant, présidée par le docteur Jean-Louis Touraine, également député LREM. Si les données précises de l’Agence de biomédecine ne seront connues qu’en février, les chiffres de l’association qui concernent la transplantation rénale signalent en effet une hausse très légère. Ainsi, 3 629 greffes rénales ont été réalisées en 2019, contre 3 546 en 2018, mais les niveaux de 2017 (3 782) n’ont pas été rattrapés. Par ailleurs, on observe une poursuite du recul de l’activité de prélèvement sur des donneurs vivants : 508 transplantations de ce type ont été réalisées en 2019, contre 537 en 2018.

Toujours pas de sursaut en ce qui concerne la greffe à partir de donneurs vivants

Perte de motivation, pénurie d’effectifs médicaux et infirmiers, dysfonctionnements organisationnels majeurs : c’est la crise de l’hôpital qui serait pour France Transplant parmi les premiers responsables de cette activité en berne, qui conduit à la mort chaque année de 500 à 800 personnes faute de greffe. « Il peut y avoir aussi un manque d’organisation, avec parfois l’impossibilité d’accéder au bloc opératoire », résume ainsi Jean-Louis Touraine, cité par Le Monde. Ce dernier qui avait été à l’origine du renforcement du principe du consentement présumé déplore également le manque de formation des personnes chargées d’aborder la question du prélèvement avec les familles des personnes décédées. Enfin, la persistance de la frilosité française concernant le développement de la greffe à partir de donneurs vivants est déplorée par France Transplant qui rappelle en outre que cette technique connaît de meilleurs résultats que la dialyse et s’avère plus économique. L’augmentation des crédits alloués à ces activités permettrait selon certains spécialistes de corriger la tendance française. Aujourd’hui rares sont les services à remplir l’objectif de 20 % de greffes rénales réalisées à partir de donneurs vivants.

Volonté politique absente

Il est probable également qu’une volonté politique plus marquée ne serait pas inutile pour faire de la transplantation une grande cause nationale. Pas sûr cependant que ce soit actuellement la priorité du gouvernement même si les chiffres actuels rendent de plus en plus improbable l’atteinte de l’objectif du plan greffe de 7 800 transplantations en 2021.

Aurélie Haroche

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