CRISPR-Cas 9 : la guerre des brevets devant la justice

Alexandria, le jeudi 8 décembre 2016 – Nul ne conteste que la Française Emmanuelle Charpentier (Max Planck Institute de Berlin) et l’Américaine Jennifer Doudna (Université de Californie, Berkeley) aient les premières mis en évidence comment l’endonucléase CRISPR-Cas9 avait le potentiel pour devenir une nouvelle technique d’édition du génome, dont beaucoup affirment qu’elle pourrait être révolutionnaire. Pourtant, depuis plusieurs mois, les deux biologistes s’affrontent judiciairement avec le spécialiste chinois Feng Zhang (Broad Institute, université d’Harvard) concernant l’usurpation potentielle d’un brevet déposé par ce dernier.

Bactéries vs eucaryotes

En mai 2012, un mois avant leur publication pionnière dans Science, Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna déposent un brevet, concernant l’utilisation de CRISPR-Cas9 comme technique d’édition du génome.

Cependant, les travaux publiés des deux chercheuses n’ont alors porté que sur le recours de CRISPR-Cas9 sur des bactéries. En décembre 2012, Feng Zhang dépose à son tour un brevet, mais qui pour sa part vise l’utilisation de CRISPR-CAS 9 sur des eucaryotes. Aujourd’hui, la légitimité de ce brevet est contestée par Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna. Elles affirment que sans leurs travaux, l’équipe de Feng Zhang n’aurait jamais pu obtenir ses résultats sur les eucaryotes. De son côté, Feng Zhang rappelle que ses recherches autour de CRISPR-Cas9 ont débuté bien avant les publications des deux biologistes. Par ailleurs, il affirme que Jennifer Doudna rencontrait des difficultés quant à l’application de CRISPR-Cas9 sur des organismes plus complexes que les bactéries. Une supputation que réfute Jennifer Doudna. Devant un tribunal d’Alexandria (où siège le Bureau américain des brevets et marques commerciales), son avocat a tonné cette semaine : « Mme Doudna a donné des centaines d’interviews. Il y a pas une seule déclaration de sa part dans ce dossier donnant à penser qu’elle croyait que cela ne fonctionnerait pas avec les cellules eucaryotes ». Echangés pendant quelques 50 minutes, ces arguments capitaux pour le devenir du brevet concernant CRISPR-Cas 9 doivent désormais nourrir la décision des juges qui pourraient décider d’un partage de la "paternité" de la méthode.

Léa Crébat

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