Dans le bain pour le traitement de la lombalgie chronique !

Les lombalgies sont à la fois fréquentes et éprouvantes ; elles toucheraient au cours de la vie approximativement 84 % de la population, avec 29 % de formes chroniques. Le nombre d’années perdues pour cause de lombalgies a crû de 17,5 % entre 2007 et 2010, entrainant des coûts financiers considérables. Divers exercices ou modalités de physiothérapie peuvent soulager les douleurs et alléger le handicap, dont la stimulation nerveuse transcutanée ou la thérapie par rayons infra rouge. La balnéothérapie est également souvent utilisée, l’eau étant un environnement favorable du fait de ses multiples propriétés : pression de flottabilité, densité, capacité thermique et conductivité.

De fait, 2 revues systématiques ont fait la preuve de l’efficacité des traitements en milieu aqueux mais leurs bénéfices à long terme sont encore imprécis.

Meng-Si Peng et collaborateurs ont mené un essai clinique randomisé monocentrique dans le but de comparer l’effet de la balnéothérapie vs diverses modalités de traitement physique dans les lombalgies chroniques. Le travail a été conduit pendant 3 mois, avec une période de suivi sur 12 mois. Le recrutement des participants s’est effectué entre Septembre 2018 et Mars 2019. Les critères d’inclusion dans l’essai étaient les suivants : un âge entre 18 et 65 ans, des douleurs localisées entre les fesses et les côtes, associées ou non à des douleurs des membres inférieurs, une intensité douloureuse cotée au moins à 3 sur une échelle visuelle numérique et une durée de plus de 3 mois. Les critères d’exclusion résidaient en la présence d’une maladie mentale ou d’une déficience cognitive, d’une lombalgie aiguë, de traitements antérieurs dans les 6 mois précédents, d’une grossesse en cours ou d’un allaitement, d’une allergie au chlore, enfin d’une anxiété ou d’une inadéquation au milieu hydrique.

Un programme de 3 mois avec deux séances par semaine

La durée totale du programme thérapeutique était de 12 semaines, sur la base de 24 séances, soit 2 par la semaine. Le travail dans l’eau débutait par 10 minutes d’échauffement actif, puis une phase de balnéothérapie de 40 minutes et enfin 10 minutes de refroidissement.

L’intensité des mouvements visait une augmentation de la fréquence cardiaque entre 60 et 80 % de la fréquence maximale. Les participants de l’autre groupe bénéficiaient, quant à eux, de stimulations nerveuses transcutanées ou d’un traitement par infrarouge durant 30 minutes. L’impact des mesures thérapeutiques a été mesuré au 3e, puis 6e et 12e mois, à l’aide d’un questionnaire à 24 items, le Rolland-Morris Disability Questionnary, portant sur des activités quotidiennes, le score étant d’autant plus élevé que l’invalidité est plus prononcée. Les autres critères de jugement ont consisté en l’évolution de la douleur sur une échelle numérique, par rapport à celle ressentie dans les semaines précédentes, de la dépression, du sommeil et du retentissement fonctionnel. Les effets délétères des 2 approches thérapeutiques ont aussi été notés. Toutes les mesures ont été effectuées en intention de traiter et également en analyse per protocole pour les participants qui avaient suivi l’intégralité des sessions.

Bénéfices sur les scores d’invalidité, de douleur, de qualité de vie…

La cohorte d’étude inclut 113 patients, 56 en balnéothérapie et 57 dans le groupe par traitements physiques ; 98 d’entre eux (86,7 %) ont été suivis sur l’intégralité des 12 mois. Leur moyenne d’âge (DS) était de 31,0 (11,5) ans. Il y avait 52,2 % de femmes. Comparativement au second groupe, les patients ayant bénéficié des exercices en piscine ont eu une amélioration sensible de leur score d’invalidité de -1,77 (intervalle de confiance à 95 % IC : - 3,02 à – 0,5) à 3 mois, sur une échelle de 0 à 10. Elle était de – 2,42 (IC : - 4,13 à – 0,70) à 6 mois et de – 3,61 (IC : - 5,63 à – 1,55) à un an, toutes ces variations étant très significatives (p < 0,001). Elles n’étaient modifiées ni par l’âge, ni par le sexe, l’indice de masse corporelle, la durée de la lombalgie, son intensité ou encore le niveau d’éducation du lombalgique.

Parmi les critères secondaires, on relève une amélioration du seuil douloureux, tant pour les algies lombaires les plus sévères que pour celles plus minimes. A l’inverse, un patient sur 56 sous balnéo (1,8 %) et 2 sur 57 avec physiothérapie (3,5 %) se sont plaint de douleurs en cours d’exercice. Au total, 41 (73,2 %) du premier groupe et 37 (64,9 %) du second groupe ont signalé une amélioration dans les 3 mois suivant les diverses interventions thérapeutiques. En intention de traiter, on retrouve un gain plus net dans le groupe ayant bénéficié d’exercices en piscine, tant à la fin du protocole, au 3e mois, que plus à distance, à un an. On observe également un bénéfice accru en termes de qualité de vie, de sommeil, de moindre kinésiophobie et de peur de l’évitement.

Les résultats de ce travail rejoignent ceux de la méta analyse de SHI, publiée dans Am J Phy Med Rehab, 2018, qui avait inclus 8 essais cliniques randomisés ainsi que ceux d’autres études qui avaient démontré que les exercices en milieu hydrique étaient, dans l’ensemble, plus efficaces que ceux par physiothérapie. Plusieurs points forts sont à signaler. La balnéothérapie a été comparée à 2 traitements de référence : la stimulation électrique et le recours aux infra rouges, utilisés de façon courante et ayant démontré leur utilité. De nombreuses covariables ont été incluses dans l’analyse. L’étude a été menée en intention de traiter mais aussi per protocole. Enfin, l’échantillon de patients a été conséquent et la période de suivi longue. A l’inverse, l’âge des participants était impérativement compris entre 18 et 65 ans. Le niveau douloureux, auto rapporté, était, dans l’ensemble, modeste. Les résultats de ce travail ne sont pas généralisables directement à d’autres populations de lombalgiques. La combinaison balnéothérapie et traitements physiques n’a pas été envisagée, ni le coût financier des différentes approches thérapeutiques.

En conclusion, pour les patients souffrant de lombalgies chroniques, la balnéothérapie est un traitement sûr et efficace, entrainant un gain plus important, en comparaison avec des traitements physiques, en ce qui touche la douleur, la fonctionnalité, la qualité de vie et de sommeil.

Dr Pierre Margent

Référence
Heng-Si Peng et coll. : Efficacy of Therapeutic Aquatic Exercices vs Physical Therapy Modalities for Patients with Chronic Low Back Pain. JAMA Netw Open. 2022, 5 (1). E : 242069.

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Vos réactions (3)

  • On oublie d'autres interventions possibles

    Le 22 janvier 2022

    On peut regretter que le groupe témoin choisi bénéficient d'IR et de stimulations électriques
    ce qui, à mon sens, ne constitue pas le "traitement de référence" en tout cas dans la pratique courante en Kinésithérapie en France : on oublie la rééducation antalgique, posturale, le massage de qualité, les conseils en ergonomie (le panel étant constitué des sujets en âge d'être au travail).
    Bref tout ce qui devrait être envisagé !
    Dommage.

    JP.Olu (MK retraité)

  • Groupe témoin

    Le 26 janvier 2022

    Tout à fait d’accord avec Mr Olu.
    De plus, infrarouges et stimulation électrique trans cutanée sont des techniques passives, dont les effets peuvent être rapides, mais pas durables, contrairement à celles que cite ce praticien sans doute de la vieille école (hormis le massage bien fait qui encadre les techniques actives): j’ai souvent expliqué aux patients que le (bon) MK est comme un guide de haute montagne: il explique, il guide, il sécurise, mais finalement c’est quand même à celui qui veut grimper de faire l’effort. Avant la récompense!

    Dr P Foulon, médecin MPR (lui aussi retraité)

  • Traitements inadaptés, comparaisons non pertinentes

    Le 29 janvier 2022

    Pour compléter les informations précédemment citées, il existe des recommandations de l'HAS de 2019 sur la prise en charge des lombalgies qui précise bien que seuls les traitements actifs ont démontré un intérêt a moyen ou long terme sur la douleur et le handicap des patients lombalgiques. Comparer des traitements actifs à des traitements passifs, c'est juste affirmer que la balneo c'est mieux que rien ! Mais en aucun cas un traitement de référence.
    D'autre part, les recommandations de 2019 précisent bien que la prise en charge des lombalgies doit s'inscrire dans un modèle bio-psycho-social vu le caractère multifactoriel des lombalgies et les types de douleurs possibles (nociceptive / neupathique / nociplastique). Les traitements évalués dans ces revues systématiques ne semblent pas s'inscrire dans cette démarche et semblent donc inadaptés aux traitements des lombalgies selon les connaissances actuelles.

    Axel Lardoux (MK)

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