Dans l’œil du progrès

L’ennui qui saisit beaucoup d’entre nous lors des courses au supermarché peut parfois faire naître des idées lumineuses. Ainsi, Luciano Dib, chercheur à l’Université Paulista (Brésil) affirme avoir eu une révélation le jour où il a découvert que son centre commercial permettait de réaliser des impressions 3D. « Je me suis dit pourquoi ne ferait-on pas cela pour des prothèses ». Luciano Dib et le Dr Rodrigo Salazar-Gamarra prennent en charge à Sao Paulo des patients gravement défigurés par une maladie congénitale, un accident ou des pathologies contractées à l’âge adulte. Cette équipe conçoit des prothèses sur mesure, pour tenter de rendre à ces patients une place dans la société. L’élaboration des prothèses représente de longs mois de travail et nécessite des matériaux très coûteux, ce qui en prive de nombreux malades.

Une cinquantaine de patients depuis 2015

L’arrivée de l’impression 3D a révolutionné le travail de l’équipe de Rodrigo Salazar-Gamarra et de Luciano Dib. Elle a en effet mis au point un programme reposant sur l’utilisation de photos numériques (simplement prises grâce à un smartphone) et des imprimantes en 3D pour concevoir des prothèses de silicone. Depuis 2015, ces chercheurs et praticiens ont pris en charge une cinquantaine de patients auxquels ils ont pu offrir de remplacer un œil ou un morceau de mâchoire pour des coûts restreints et des résultats surprenants.

Un nouvel œil

Parmi eux, Denise Vicentin a accepté d’être suivie par des journalistes de l’AFP pendant plusieurs mois. A l’âge de 30 ans, il y a vingt-trois ans, Denise Vicentin a été confrontée à l’apparition d’une tumeur de la face, opérée à deux reprises, avant qu’elle ne réapparaisse vingt plus tard, conduisant à la perte de son œil et à de graves déformations de sa mâchoire. Bientôt, Denise Vicentin a été exclue de la société : son mari l’a quittée et toute fréquentation d’un lieu public suscitait moqueries et rejets.

En 2018, Denise Vicentin rencontre l’équipe de Luciano Dib et de Rodrigo Salazar-Gamarra. Une longue prise en charge débute, qui commence par l’implantation de tiges en titane dans son globe oculaire pour permettre de placer la prothèse. Différentes interventions sont ensuite réalisées pendant plusieurs mois, parallèlement à la réalisation d’un modèle numérique en trois dimensions. L’objectif était de réaliser une copie en miroir du côté gauche du visage. Chaque détail a été l’objet d’une attention minutieuse, notamment la couleur des yeux. La prothèse obtenue en silicone et fibres de résine offre un résultat saisissant qui donne aujourd’hui à Denise Vicentin le courage nécessaire pour attendre d’autres reconstructions.

Léa Crébat

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article