De l’automutilation à l’hétéro-agressivité à l’adolescence

Il existe, rappelle une équipe de la Duke University[1], une « association fréquente entre des comportements d’automutilation à l’adolescence et le risque de commettre une infraction violente comme un crime. »

S’appuyant sur des données provenant de l’étude longitudinale britannique (commencée en 1998) sur le risque environnemental (E-Risk) chez des jumeaux[2], les auteurs ont enquêté sur les antécédents, les caractéristiques cliniques et les aléas biographiques des adolescents qui s’automutilent et de ceux ayant en plus des comportements hétéro-agressifs. Dans cette cohorte (représentative du Royaume-Uni et comportant 2 232 jumeaux nés en 1994 ou en 1995), les données ont été recueillies par des entretiens et des questionnaires sur ordinateur réalisés à l’âge de 18 ans, et en s’informant sur le casier judiciaire (police records) des intéressés, entre 18 et 22 ans.

On observe une association entre automutilation et risque de commettre un crime, même après la prise en compte de facteurs familiaux » : Odds Ratio = 3,50 Intervalle de confiance à 95 % [2,61–4,70]. En évaluant les facteurs de risque entre 5 et 12 ans, on constate que les jeunes avec un profil de « double agresseur » combinant des comportements d’auto et d’hétéro-agressivité) ont été souvent eux-mêmes « victimes de violence » dès leur enfance, avec « une moindre maîtrise de soi et un Quotient Intellectuel plus faible » que les sujets se bornant à des gestes d’auto-agressivité. Sans surprise, on vérifie que ces « doubles agresseurs » ont connu aussi « des taux plus élevés de symptômes psychotiques et de toxicomanie concomitants. » Ils ont en outre des styles de personnalité caractérisés par une résistance au changement, ainsi qu’une labilité des émotions et de leurs relations interpersonnelles.

Une approche thérapeutique plutôt que répressive

Mais malgré ce profil psychiatrique plus inquiétant (traits psychotiques, toxicomanie), cette étude montre que ces « doubles agresseurs » ne sont pas plus susceptibles que les autres (seulement auto-agressifs) de consulter les services de santé mentale. Ce constat suggère qu’un renforcement de la prévention dès l’enfance (notamment lors de facteurs de risque : maltraitance, victimisation, scarifications...) pourrait contribuer à diminuer la probabilité d’évolution vers des comportements hétéro-agressifs, voire criminels. Puisque ces sujets « doubles agresseurs » éprouvent des difficultés précoces du contrôle pulsionnel et sont plongés dans la violence dès leur plus jeune âge, les auteurs estiment qu’une « approche thérapeutique plutôt que répressive » doit leur être proposée, avec des programmes de réduction de la délinquance  et des stratégies limitant l’exposition à la victimisation pour atténuer les risques de violence à la fois intériorisée et extériorisée.

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Universite_Duke
[2] https://www.kcl.ac.uk/ioppn/depts/sgdp-centre/research/e-risk

Dr Alain Cohen

Référence
Richmond-Rakerd LS coll.: Adolescents who self-harm and commit violent crime: Testing early-life predictors of dual harm in a longitudinal cohort study. Am J Psychiatry; 2019: 176: 186–195.

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