De l’impact des outils connectés sur la prévention des exacerbations de la BPCO

Les exacerbations ont un impact majeur sur la BPCO et la répétition des exacerbations est un marqueur de mauvais contrôle qui se traduit par une augmentation de la fréquence des hospitalisations et un accroissement de la mortalité. Apprendre au patient « l’autogestion » permet de réduire significativement le nombre des hospitalisations et des visites en urgence, a fait remarquer François Maltais (Québec). Mais « l’observance du plan d’action » reste un défi au quotidien au point que certaines études ont montré que se fier à l’autogestion sans contrôle peut augmenter la mortalité car tout retard à la mise en œuvre de ce plan augmente le temps nécessaire à la récupération. On sait aussi que 20 % des réhospitalisations se produisent dans les semaines qui suivent une première hospitalisation. Il existe donc dans ce contexte « plusieurs fenêtres d’opportunité » pour les outils connectés : détecter les exacerbations qui ne sont pas déclarées et pourraient dégénérer, réduire le délai entre le début des symptômes et l’initiation du traitement, réduire la durée et la fréquence des hospitalisations, …

Des études pilote prometteuses, mais…

On sait que des symptômes respiratoires sont présents plusieurs jours avant une hospitalisation pour exacerbation, symptômes qui pourraient être détectés grâce à des outils connectés que la plateforme CHROMED a tenté d’évaluer avec malheureusement un succès mitigé, notamment parce qu’au cours de 10 à 15 % des journées, il n’a pas été possible de recevoir un signal valide, mais aussi parce que si 50 % des hospitalisations étaient précédées d’alertes, la moitié seulement ont été traitées.

Une réévaluation systématique et globale du patient est indispensable, ont donc conclu les auteurs, ce qui pourrait être réalisé via un système de veille vers une infirmière spécialisée. Une étude pilote (pas encore publiée) a souligné la faisabilité de ce mode de suivi avec une observance estimée à 72 %, perfectible mais acceptable et qui a surtout permis de réduire significativement le nombre de journées d’hospitalisations liées à la BPCO. La télé-technologie pourrait donc aider à augmenter l’observance à un plan d’action de 40% (ce que l’on observe dans les conditions standard) à 70 % comme constaté dans cette étude, ont souligné les auteurs.

COMET (COPD patient Management European Trial), programme européen d’autogestion à domicile a dès lors été mis sur pied pour aider à réduire les hospitalisations chez les patients avec BPCO sévère via des comportements de santé favorables à la gestion de la maladie. Les interventions essentielles de ce programme passent par l’apprentissage à l’autogestion et un suivi téléphonique via une plateforme qui documente hebdomadairement ou de manière quotidienne lorsque nécessaire les symptômes par les patients avec un algorithme d’analyse automatique. Dans ce programme, toute détérioration clinique déclenche une alarme et une intervention d’une infirmière spécialisée avec contact avec le médecin traitant. Les 319 patients inclus dans cette étude dont les résultats finaux ne sont pas encore connus sont des patients sévèrement atteints qui ont vu une réduction moyenne de 5,32 jours/an du nombre de jours d’hospitalisation (non significative toutefois sur le plan statistique). Tout n’est cependant pas à rejeter dans cette étude, car elle a aussi montré que les décès sont d’origine respiratoire dans 62 % des cas et sont survenus pendant les hospitalisations (les facteurs pronostiques étant le score de BODE et le nombre de journées d’hospitalisation).

D’autres outils connectés

On se réjouira donc que d’autres outils connectés aient vu le jour depuis lors. Parmi ceux-ci, le système FreeO2 qui permet un ajustement automatique de l’oxygénothérapie à l’hôpital et qui a été évalué versus ajustement manuel dans une étude pilote chez des patients hypoxémiques hospitalisés pour exacerbation de la BPCO avec pour objectif le maintien de la SpO2 dans les valeurs cible fixées par le médecin. Pratiquement, 80 % des sujets ont complété l’étude, ce qui semble correct mais pourrait encore être amélioré, notamment parce que les patients n’ajustaient pas correctement leur oxymètre de pouls.

L’aspect positif est cependant que les patients ont passé significativement plus de temps dans les valeurs cible fixées et ont donc passé nettement moins de temps en hypoxie, ce qui a réduit de 1,1 jours la durée des hospitalisations (à la limite de la significativité). Ces constatations ont conduit les auteurs à contextualiser le concept de libération précoce avec hospitalisation à domicile dans une étude pilote au cours de laquelle les patients consultant aux urgences pour une exacerbation qui peuvent être libérés précocement (<72 heures) sont randomisés vers une prise en charge à domicile (avec visites régulières d’une infirmière spécialisée et disponibilité des traitements nécessaires) ou hospitalière.

Quel que soit le résultat de cette étude, François Maltais rappelait que, s’il est illusoire de penser que la technologie seule va répondre à tous les besoins, c’est en combinant une approche de soins intégrés et humains avec l’autogestion et les technologies modernes que l’on pourra atteindre l’objectif d’une prise en charge plus précoce et de soins personnalisés.

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Maltais F : Place des outils connectés dans la prise en charge globale de la BPCO. 23ème CPLF (Congrès de Pneumologie de Langue Française) (Marseille) : 25-27 janvier 2019.

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