De l’insomnie à l’HTA

Parmi les troubles du sommeil, l’insomnie est indéniablement le plus fréquent, car il est rapporté par un quart, voire un tiers de la population générale, tout au moins dans ses formes épisodiques. La prévalence de l’insomnie chronique, la vraie, celle qui va pousser l’intéressé à consulter, ne serait que de 8 à 10 %. Depuis des décennies, nombreuses sont les études qui ont recherché une association entre ce syndrome et diverses comorbidités notamment psychiatriques. Plus récemment, l’attention s’est focalisée sur les liens entre l’insomnie et la morbi-mortalité qu’elle pourrait véhiculer. Il a été suggéré que ce symptôme dans sa forme chronique augmenterait le risque d’hypertension artérielle, de diabète, de troubles cognitifs, voire de décès.

Il semblerait, par ailleurs, que l’hyperexcitation physiologique présidant à ce trouble du sommeil, serait le mécanisme causal dans ses complications possibles, d’autant qu’il serait présent tout au long du cycle nycthéméral chez certains sujets, au point de provoquer des désordres neuro-endocriniens préjudiciables à long terme.

Cette théorie qui n’a pas encore été confirmée n’en suscite pas moins une vague de recherches. Un test intitulé MSLT (Multiple Sleep Latency Test) est d’ailleurs utilisable en pratique clinique pour mesurer le degré de somnolence et de vigilance diurnes, de facto corrélé au temps de latence avant l’endormissement. Les insomniaques ont des scores élevés au MSLT, comparativement aux témoins, tout comme ceux qui souffrent d’hyperexcitation ou consomment trop de caféine et la privation de sommeil aboutit au résultat inverse, de même que l’existence d’une narcolepsie. Existe-t-il une association «dose-dépendante» entre l’hyperexcitation physiologique mesurée par le MSLT et le risque d’HTA chez les sujets souffrant d’insomnie chronique ? C’est à cette question que répond une étude de type cas-témoins, dans laquelle ont été inclus 219 insomniaques avérés et 96 témoins dont le sommeil était une ode à Morphée.

L’insomnie chronique a été définie selon les critères diagnostiques en vigueur, sachant que les symptômes devaient durer depuis au moins 6 mois. Tous les participants ont bénéficié d’un enregistrement polysomnographique dans un laboratoire agréé, après quoi ils ont été soumis à un MSLT durant la journée qui a suivi. Il faut rappeler que celui-ci consiste en siestes itératives programmées, espacées de deux heures, ce qui permet de calculer la durée moyenne de la période de latence avant l’endormissement.

L’hyperexcitation physiologique a été ainsi caractérisée à partir de ce test, par une valeur médiane/moyenne > 14 minutes et un 75ème percentile > 17 minutes. L’HTA a été diagnostiquée à partir des valeurs élevées de la PA ou de l’existence d’un traitement antihypertenseur prescrit par un médecin.

Une analyse multivariée a été appliquée aux données, après ajustement en fonction de divers facteurs ou variables de confusion : âge, sexe, indice de masse corporelle, index d’apnées et d’hypopnées, diabète, tabagisme, alcoolisme et consommation de café. Au terme de cette analyse, une association significative a été mise en évidence entre le risque d’HTA et une insomnie combinée à un MSLT > 14 minutes, l’odds ratio (OR) correspondant étant de 3,27 (intervalle de confiance à 95 % [IC95], 1,20-8,96). La combinaison insomnie et MSLT > 17 minutes, pour sa part, a amené l’OR à 4,33 (IC95, 1,48-12,68), versus les témoins. En d’autres mots, insomnie et hyperexcitation majoreraient le risque d’HTA de 300 à plus de 400 %.

Cette étude transversale ne peut, bien sûr, conduire à aucune certitude, mais elle attire l’attention sur le rôle potentiel de l’hyperexcitation physiologique dans les dangers liés à l’insomnie chronique, tout au moins pour ce qui est de l’HTA, ce qui ne préjuge en rien d’autres associations prévisibles. L’allongement du MLST au-delà d’un certain seuil peut-il être considéré comme un indicateur fiable de la sévérité biologique de l’insomnie chronique ? La question mérite d’ores et déjà d’être posée et soumise à des études longitudinales.

Dr Philippe Tellier

Référence
Ly I et coll. Insomnia With Physiological Hyperarousal Is Associated With Hypertension. Hypertension 2015; 65: 644-650.

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