De plus en plus d’accidents avec les trottinettes électriques

Les trottinettes électriques sont un mode de déplacement rapide et pratique, en pleine vogue urbaine aux États-Unis et en Europe. Mais quelles sont les tendances en matière de blessures et d'hospitalisation générées par ce nouveau moyen de transport ?

Le National Electronic Injury Surveillance System (NEISS) répertorie au niveau national les blessures traitées dans les services d'urgence des États-Unis. Un plan d'échantillonnage complexe a permis d’extrapoler à la population américaine le nombre de blessures et d'admissions à l'hôpital entre 2014 et 2017.

Une traumatologie galopante

Il y a eu une augmentation très forte du nombre de blessures et d’admissions de 2017 à 2018 associées à l'utilisation des trottinettes électriques. Au cours de la période d'étude, un total pondéré de 39 113 (intervalle de confiance à 95 % IC 95 %, 28 151-50 074) blessures a été dénombré. L'incidence des blessures ajustée selon l'âge pour 100 000 a augmenté de façon significative de 222 %, passant de 6 (IC 95 %, 3-9) à 19 (IC à 95 %, 6-32) (p = 0,01). A également été notée une augmentation de 365 % des hospitalisations ajustées selon l'âge, soit de 0,4 (IC 95 %, 0-1,0) à 1,8 (IC à 95 %, 0-3,6) (p = 0,39). Trente-six pour cent des blessés pendant la période à l'étude étaient des femmes.

Au cours de la période étudiée, les hôpitaux urbains ont reçu la plus forte proportion de patients (78 % ; IC 95 %, 68-85) comparativement aux hôpitaux ruraux (20 % ; IC 95 %, 13-29) et aux hôpitaux pour enfants (2 % ; IC 95 %, 1-4).

Et la tête, alouette…

Bien que l'incidence des blessures ait augmenté au cours de la période à l'étude, le taux pour les différentes localisations est resté stable. En 2018, 4 707 des 14 651 blessures concernaient la tête (32 % ; IC, 95 %, 26-38). La fréquence des blessures aux membres supérieurs et inférieurs a augmenté, passant de 1 083 (IC 95 %, 537-1629) à 3 747 (IC 95 %, 1 720-5775) (p = 0,27) et de 1 721 (IC 95 %, 1 012-2430) à 4 707 (IC 95 %, 2 369-7044) (p = 0,67), respectivement. Les blessures les plus courantes pendant la période à l'étude étaient les fractures (27 % ; IC à 95 %, 23-31), les contusions et les écorchures (23 % ; IC à 95 %, 20-28) et les lacérations (14 % ; IC à 95 %, 12-18).

La proportion de blessures chez les 18 à 34 ans a augmenté de 185 %, passant de 582 sur 4 582 (13 % ; IC à 95 %, 4-31) à 5 309 sur 14 651 (36 % ; IC à 95 %, 25-50) (p< 0,001). Le nombre des admissions chez les 18 à 34 ans a également augmenté de 354 %, passant de 30 sur 313 (10 % ; IC 95 %, 2-40) à 599 sur 1374 (44 % ; IC 95 %, 20-70) (P = 0,02). A également été observée une augmentation significative des blessures chez les personnes de moins de 18 ans, mais la proportion globale par rapport aux autres groupes d'âge a diminué de 34 % au cours de la période d'étude.

Les 18 à 34 ans sont les plus exposés

Bien qu’elle ne recense pas les conduites sous l’influence de l’alcool ou d’autres drogues courantes aux États-Unis et sans casque (une étude de 2019 a révélé que seulement 4,8 % des conducteurs de trottinettes électriques blessés portaient un casque), cette enquête confirme une tendance également observée en France, à savoir une augmentation significative du nombre des blessures et des admissions entre 2014 et 2018, particulièrement au cours de la dernière année, les personnes âgées de 18 à 34 ans devenant le groupe le plus exposé. Particulièrement inquiétant, près d'un tiers des blessés ont subi un traumatisme crânien, soit plus du double du taux de blessures à la tête subies par les cyclistes.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Namiri NK et coll. : Electric Scooter Injuries and Hospital Admissions in the United States, 2014-2018. JAMA Surg., 2020; publication avancée en ligne le 8 janvier. doi: 10.1001/jamasurg.2019.5423.

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Vos réactions (3)

  • Explosion de la traumatologie liée à la trottinette électrique

    Le 14 janvier 2020

    Constatant comme beaucoup la place prise par la trottinette électrique dans les déplacements urbains et les conséquences fâcheuses qui en découlent, il semble que le minimum devrait être l'obligation de souscrire une assurance non seulement au tiers, mais personnelle pour rouler sur ces engins et éviter que la Société assume le coût des dégâts médicaux et comme l'application de cette mesure paraît quasi impossible, faute de contrôle, l'interdiction totale de la trottinette électrique semble être la solution de sagesse. Vivait-on plus malheureux, il y a 5 ans, avant son apparition ?

    Dr Albert Brenner

  • Multiplication par 3 des AVP par les trotinettes électriques

    Le 15 janvier 2020

    Multiplication par 3 des AVP par les trotinettes électriques

    Soyez prudents et avertissez vos enfants.

    Dr J-P Hallez

  • Un code de la route à plusieurs vitesses

    Le 15 janvier 2020

    A l'instar des vélos qui peuvent prendre les voies des bus, les sens interdits et même rouler sur les trottoirs en malmenant certains piétons (avez-vous un jour marché sur une piste cyclable qui se trouve sur un trottoir ? Tentez-donc, vous comprendrez de quoi je parle), qui ne savent plus s'il faut traverser sur les passages piétons ou en dehors, juchés sur leur vélos ou à pied... ne respectent ni les Stop, ni les feux rouges et autres "Cédez-le passage"... les trottinettes elles, se prennent pour des scooters pouvant doubler les files de voitures sur la chaussée, se faufiler entre elles et rouler aussi à contre sens, dans les voies des bus...
    Ce n'est pas un moyen de locomotion que les conducteurs de VL sont habitués à voir ni à prendre en compte.

    Si l'on pénalisait en point les détenteurs de permis de conduire quand ils commettent des infractions sur un autre mode de locomotion et que la législation cessait de faire des exceptions au code de la route pour des "véhicules" qui n'en sont pas, cela sécuriserait surement l'usager ces "moyens de transport" . Les mêmes règles pour tout le monde et l'interdiction pour ceux qui n'en relèvent pas. A vouloir faire une législation de circulation à plusieur vitesses, qu'on ne s'étonne pas après des collisions des droits des uns sur les autres et des "véhicules" entre eux.
    C'est le dés- ordres. Cette cacophonie sur le terrain reflète la cacophonie dans les esprits des usagers de la route à une époque où il est évident que l'on a plus de droits que d'obligations.

    C.D.

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