Dengue : la France est-elle suffisamment organisée ?

Paris, le mercredi 11 juillet 2018 – Malgré la saison froide, la dengue sévit avec une ampleur redoublée à La Réunion. Plus de 5 970 cas ont été biologiquement confirmés depuis le début de l’année et la réalité épidémiologique pourrait être plus importante encore. « Les médecins reçoivent en consultation beaucoup de patients présentant les symptômes de la dengue », confirme Luce Menudier, épidémiologiste de la cellule d’intervention en région (CIRE). Face à cette situation, le préfet de la Réunion a décidé hier de relever le niveau du plan de lutte contre la dengue qui atteint aujourd’hui quatre sur cinq. Cette augmentation implique une participation du régiment du service militaire adapté (RSMA) et la mobilisation de davantage d’agents. Ces derniers contribueront notamment à différentes actions de communication auprès du grand public et des professionnels de santé et à la distribution de répulsif. Ces mesures sont destinées à éviter une nouvelle dégradation de la situation qui pourrait conduire à une « explosion épidémique au cours de l’été prochain ».

Se concentrer sur les cas confirmés

La situation préoccupante de la Réunion qui fait suite aux difficultés rencontrées ces derniers mois en Nouvelle Calédonie interroge sur la suffisance et la pertinence des moyens alloués par la France à la lutte contre la dengue et les virus transmis par les moustiques. En Nouvelle Calédonie, des polémiques avaient fusé concernant la suppression d’emplois aidés, dédiés à la lutte antivectorielle. Au-delà, les systèmes de surveillance sont-ils bien adaptés ? La question se pose jusqu’en métropole. Ici, « la surveillance épidémiologique est basée sur la déclaration obligatoire (DO) des cas probables et confirmés. Pendant la période d’activité du moustique Ae. Albopictus dans les départements où le moustique est implanté, du 1er mai au 30 novembre, dite "période de surveillance renforcée", la DO est complétée par le signalement des cas importés dès leur suspicion clinique » rappelle un article publié hier dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH). Les auteurs jugent que « l’extension d’Ae. Albopictus à neuf nouveaux départements en 2018 pose la question de la soutenabilité du dispositif actuel de surveillance. Il pourrait être recentré sur les cas confirmés, en l’absence de transmission autochtone, pour une meilleure efficacité et utilisation des moyens ».

Chikungunya : trop méconnu en métropole ?

Outre ces questions concernant la surveillance des cas, la meilleure sensibilisation des professionnels de santé, en métropole, apparaît également essentielle. Le BEH revient en effet sur la gestion d’un foyer de 17 cas autochtones de chikungunya dans le Var l’été dernier. Les auteurs considèrent que parmi les différents facteurs permettant d’expliquer « l’ampleur de cet épisode », l’absence de diagnostic des deux premiers cas ayant consulté signale « les besoins en (…) information des professionnels de santé ». Le grand public mériterait également d’être davantage sensibilisé insistent encore les auteurs du BEH, tant la prévention est essentielle. Cette prévention ferait défaut de manière marquée. Ainsi, à Ambès, commune du Sud-Ouest de la France où un cas importé de dengue vient d’être signalé, le maire qui avait réclamé des campagnes de démoustication regrette fortement de ne pas avoir été entendu. L’inquiétude est d’autant plus vive dans les départements où sévit Ae. Albopictus que l’épidémie actuelle à la Réunion pourrait faire augmenter le nombre de cas importés et éventuellement autochtones.

L’année dernière néanmoins, aucun cas de dengue autochtone n’a été déploré en métropole.

Bulletin épidémiologique hebdomadaire : http://invs.santepubliquefrance.fr/beh/2018/24/index.html

Aurélie Haroche

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