Dépistage des troubles du développement chez l’enfant, cela progresse…aux USA !

Environ 15 % des enfants auraient des troubles développementaux [TD]. Le pronostic de ces troubles dépend partiellement de la précocité de leur dépistage – avec des « outils » validés - et de la rapidité des interventions médico-sociales. Aux USA, il est recommandé aux pédiatres de dépister les TD à 9 mois, 18 mois et 24 ou 30 mois, et d’adresser les jeunes enfants ayant un dépistage « positif » à des Services d’intervention précoce, équivalant à nos Centres d’action médico-sociale précoce. Mais des recommandations à la pratique, il y a souvent des écarts, comme le montre l’enquête de l’American Academy of Pediatrics [AAP] récemment publiée.

Début 2016 l’AAP a envoyé un questionnaire à 1 638 pédiatres en activité afin de déterminer leurs connaissances, leurs attitudes et leurs pratiques en matière de dépistage des TD chez les enfants de moins de 3 ans, et d’orientation des enfants dépistés « positifs » vers les Services d’intervention précoce.

Le taux de réponses a été de 47 % ; 469 réponses ont été analysées.

En 2016, 63 % des pédiatres installés font habituellement un dépistage général des TD avec des outils tels que l’ASQ* et le PEDS*, et 72 % un dépistage spécifique des Troubles du Spectre Autistique [TSA] avec un outil tel que le M-CHAT*. Les questionnaires ou les tests sont administrés par un assistant dans 60 % des cabinets, et presque toujours interprétés par le pédiatre (96 %). Le dépistage des TD est freiné par le manque de temps (57 %), la valorisation insuffisante de l’acte (29 %), le manque de personnel de dépistage (22 %), la barrière de la langue (22 %), le manque d’options thérapeutiques pour les enfants dépistés positifs (21 %)…

En moyenne, les pédiatres orientent 59 % des enfants à risque de TD vers les Services d’intervention précoce (le pourcentage dépend du problème : retard de développement global, régression, retard de parole ou langage, déficit sensoriel, retard moteur, inquiétude des parents, etc.).

L’orientation vers ces services est freinée par le manque de retour sur l’évolution des enfants (38 % des pédiatres), l’ignorance de leurs programmes (30 %), l’inégalité de leur qualité (30 %)… De plus, 22 % des enfants à risque sont adressés à des spécialistes avant d’être orientés vers un Service d’intervention précoce, peut-être à cause des délais de consultation dans ce type de Service.

Une multiplication par trois en 15 ans du nombre de pédiatres impliqués

Par référence aux enquêtes de 2002 et 2009 de l’AAP, on peut dégager les tendances évolutives du dépistage et de l’orientation des TD hors TSA, faute de questions sur les TSA dans ces deux enquêtes.

En 15 ans le pourcentage de pédiatres qui dépistent les TD a été multiplié par 3 (de 21 % en 2002 à 63 % en 2016, p <0,001). En 2016, un pédiatre a 7 fois plus de chances d’utiliser un outil de dépistage qu’en 2002, y compris après ajustement par l’âge et le sexe pour tenir compte du vieillissement et de la féminisation de la profession (Odds Ratio ajusté : 7,3 ; Intervalle de Confiance de 95 % : 5,4-9,9). La progression du dépistage des TD peut être due à l’augmentation de l’administration des outils par des assistants et à la diminution de tous les freins au dépistage, sauf la croyance en un manque d’options thérapeutiques pour les enfants dépistés positifs (passée de 9 % à 21 % ; p < 0,001). L’ASQ est devenu l’outil de dépistage le plus employé (de 9 % à 48 % ; p < 0,001). Dans le même temps, le pourcentage d’enfants à risque orientés vers des Services d’intervention précoce a augmenté (de 41 % en 2002 à 59 % en 2016 ; p <0,001), les problèmes adressés se sont diversifiés, et les freins à l’orientation ont plus ou moins régressé, sauf l’inégalité de la qualité de ces services.

Tous ces résultats sont déclaratifs et les tendances évolutives ne peuvent être précisées pour les TSA, ce qui limite la portée de l’enquête.

On retiendra de cette enquête que, en 2016, aux USA, plus d’un tiers des pédiatres ne dépistaient pas les TD et plus d’un quart ne dépistaient pas les TSA chez les enfants de moins de 3 ans, alors qu’on sait que le dépistage est plus rentable que la simple surveillance pour détecter ces troubles chez de jeunes enfants. On aimerait avoir des données similaires sur les pratiques des médecins qui suivent les jeunes enfants en France.

* ASQ : Ages and Stages Questionnaires ; PEDS : Parents’ Evaluation of Developmental Status ; M-CHAT : Modified Checklist for Autism in Toddlers

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
Lipkin PH et coll. : Trends in pediatricians’ developmental screening : 2002-2016. Pediatrics 2020 ; 145(4) :e20190851

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