Dépistage : un des nerfs de la guerre

Paris, le samedi 21 mars 2020 - Dans la lutte contre l’épidémie actuelle de Covid-19, un élément essentiel est la stratégie adoptée concernant le dépistage. Sur ce point, les orientations choisies (ou subies !) diffèrent d’un pays à l’autre, tandis que les capacités fluctuent également.

Une recherche dynamique et efficace

On peut tout d’abord saluer la remarquable réactivité des laboratoires de recherche privés et publics face à la nécessité de développer rapidement de nouvelles techniques de test.
Le premier mode de dépistage repose sur la pratique « classique » de la PCR (réaction en chaîne par polymérase). En France, le protocole adapté au SARS-CoV-2 a été finalisé par l’Institut Pasteur. Le hic, on le sait, est que l’utilisation de cette méthode, non automatisée, nécessite des équipements particuliers (dont sont dotés en France 45 établissements). Afin de pouvoir multiplier le nombre de tests, de nouvelles méthodes devaient donc être développées. La réponse des industriels et des chercheurs a été à la hauteur des attentes. Ainsi le laboratoire français BioMérieux a mis au point un test (qui sera très prochainement disponible) permettant d’obtenir un résultat en quelques heures et qui pourra être produit à l’échelle industrielle. Parallèlement, les laboratoires Roche viennent d’obtenir l’autorisation de la Food and Drug Administration et le marquage CE pour commercialiser un test, dont l’un des intérêts est de pouvoir être mis en œuvre en recourant aux plateformes moléculaires Cobas (présentes dans de nombreux laboratoires d’analyse), soit une promesse d’automatisation. Parallèlement aux travaux de ces géants de la biologie, partout à travers le monde, des sociétés de biotechnologies travaillent au développement de nouveaux dispositifs plus rapides et plus faciles à utiliser.

L’émulation est également intense dans les laboratoires de recherche publics. Ainsi, des scientifiques chinois travaillant à Oxford ont présenté mercredi les premiers résultats très encourageants d’un système reposant sur l’utilisation d’un simple réactif chimique appliqué sur les prélèvements nasaux, qui permet donc d’éviter le recours à des machines.

Exemplarité de la Corée du Sud

Si le développement de ces nouveaux tests est essentiel, c’est en raison de l’importance d’une pratique de dépistage soutenue pour mieux contenir l’épidémie, mieux la comprendre et adapter les dispositifs d’endiguement. A cet égard, l’exemple de la Corée du Sud est riche d’enseignant. Le pays a en effet réalisé 20 000 tests par jour (et plus de 260 000 depuis le début de l’année), ce qui lui a notamment permis de mettre en œuvre une stratégie fine concernant la quarantaine des patients (et d’éviter un confinement aussi strict qu’en Europe avec jusqu’ici de meilleurs résultats).

Dépistage massif en population générale : un habitant sur 30 testé en Islande !

D’autres pays s’inscrivent dans la même ligne que la Corée du Sud, qui est fortement recommandée par l’Organisation mondiale de la Santé. Ainsi, Israël a indiqué mardi vouloir fortement augmenter sa capacité de tester, afin de réaliser jusqu’à 3 000 dépistages par jour. Un espace « drive-in » devrait notamment être ouvert à Tel-Aviv permettant de se faire prélever sans quitter sa voiture comme en Corée du Sud. Des initiatives similaires sont également en cours de développement en Allemagne ou en Irlande. L’Islande est également en pointe : un appel aux volontaires a été lancé pour participer à une opération massive de dépistage chez des sujets asymptomatiques. Quelques 14 000 prélèvements ont déjà été réalisés (sur une population totale de 362 000 habitants !) et 3 700 échantillons analysés, qui ont révélé la présence de SARS-CoV-2 dans 1 % des cas. On peut également signaler l’expérience menée en Italie où les 3 000 habitants de Vo Eugenao (Vénétie) ont été testés, ce qui a permis de révéler que 30 à 50 % des personnes contaminées étaient asymptomatiques.

4 000 dépistages réalisés le 18 mars en France

En France, deux chercheurs, Laurent Lagrost (ancien directeur du centre de recherche UMR1231 de l’INSERM et de l’Université de Bourgogne à Dijon) et Didier Payen (professeur à l’université Paris 7 et professeur d’anesthésie réanimation) incitent les autorités françaises à suivre cette voie, dans une tribune publiée par le Quotidien du médecin. « Cette stratégie est fortement encouragée par l’OMS. Les campagnes italiennes de dépistage, menées notamment dans la région de Venise avec le soutien de l’OMS, commencent à produire des résultats spectaculaires ! » écrivent-ils notamment. Les deux spécialistes invitent donc à exploiter les potentialités importantes des laboratoires d’analyse médicale. La participation de ces derniers est cependant freinée par un obstacle à la fois dérisoire (eu égard à sa faible technicité) et majeur : l’absence d’équipements de protection. La France a cependant entendu ces recommandations et s’est engagée à accroître ses capacités de dépistage. Ainsi, 4 000 tests ont été réalisés au cours de la journée de mercredi, alors que jusqu’alors la capacité quotidienne atteignait 2 500. L’accent est cependant encore prioritairement mis sur les sujets symptomatiques présentant des signes de gravité, les personnes à risque et les personnels soignants.

L’Amérique paye le prix de son hubris

Partout dans le monde cette question du dépistage est un enjeu capital. La Grande-Bretagne s’est ainsi fixée pour objectif de doubler sa capacité de tests d’ici la semaine prochaine (pour atteindre 10 000 par jour). Aux Etats-Unis, le choix de Donald Trump de repousser les offres d’aide de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a entraîné un important retard déploré par le directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses et conduisant certains établissements américains à se tourner vers des fournisseurs européens.

Outre un outil essentiel pour mieux lutter contre la propagation du virus, le dépistage massif permet de mieux connaître la part de patients asymptomatiques ou peu symptomatiques et ainsi de disposer d’une évaluation plus exacte de la létalité du virus. 

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • L'aspect financier prime encore

    Le 21 mars 2020

    Je trouve dommage que l'on ne puisse pas dépister tous les gens qui viennent aux urgences pour toux, diarrhées inexpliquées. Cela complique la prise en charge du patient à l'hopital et on peut passer à côté d'un Covid. On se base sur des théories nouvelles alors que l'on ne connaît pas toutes les stratégies de ce nouveau virus.
    Il est dommage encore une fois que l'aspect financier prime encore en défaveur de la santé.

    Céline Busson (ide, Nantes)

  • Toujours en retard

    Le 21 mars 2020

    Toujours en retard : 15 jours de retard au moins pour passer au stade trois et retard encore pour les tests : pourquoi toujours cette impression d’être déphasé par rapport au bon sens, au simple bon sens ? La plupart des pays qui se protègent le mieux de la pandémie font l’inverse de ce que nous Français faisons…

    Dr Daniel Curabet

Réagir à cet article