Dépister le cancer de l’estomac à partir de l’air expiré ?

On considère qu’il y a dans le monde plus d’un million de nouveaux cas de cancer de l’estomac (KE) tous les ans, touchant dans 2/3 des cas des hommes, chez lesquels il représente la 3ème cause de mortalité par cancer. Il est admis qu’Helicobacter pylori est fréquemment responsable de son apparition, et aussi qu’un dépistage des patients présentant des lésions précancéreuses en représenterait une utile prévention.

La volatolomique, qui exploite aussi bien les phéromones des pucerons que l’odorat des chiens (10 000 fois plus développé que celui de l’homme) est une nouvelle approche qui analyse les composés organiques volatils (COV) expirés ; les capteurs sont faciles d’utilisation et l’analyse desdits COV permet de dépister certains cancers, notamment bronchiques et gastriques.

Des auteurs israélo-germano-lettons ont testé les COV au sein de 726 volontaires présumés indemnes de KE. Ces sujets des deux sexes, âgés de 40 à 64 ans, étaient dépourvus de symptômes évocateurs de KE. Après 7 h de jeûne alimentaire et 2 h sans tabac, les sujets soufflaient dans des sacs dédiés, dont le contenu était transporté à +4°C dans un laboratoire spécialisé.

Les COV de l’air exhalé étaient alors analysés au moyen de nanoparticules d’or (NPO), l’absorption des COV se traduisant par des modifications de conductivité électrique.

Le capteur développé à l’institut Technion de Haïfa a été conçu pour la détection des KE. La modification de la résistance électrique permet la classification desdits échantillons ; en effet, dans un premier essai, 6 COV ont pu être reliés à une suspicion de KE, à partir de 441 échantillons d’air expiré par des sujets « suspects », avec une sensibilité et une spécificité de 82 et 78 %.

Un test prometteur malgré de nombreux faux positifs

La performance diagnostique de cette 2ème classification a alors été mise à l’épreuve sur les 726 volontaires réputés sains. A partir d’un point pivot défini lors de l’analyse précédente, on a divisé les 726 sujets en 2 groupes : 570 « sans KE » et 156 « KE ». Un examen clinique et fibroscopique a confirmé comme tels 570 « non-KE » sur le 1er groupe ; parmi les 156 autres, 3 avaient en effet un KE et 153 étaient des faux positifs, ce qui donne une sensibilité et spécificité de 100 et 79 % et des valeurs prédictives positives et négatives de 2 et 100 %. Les taux d’exactitude et de spécificité (79 et 79 %) ont été les mêmes que ceux du 1er essai. En prenant en compte divers facteurs (âge, sexe, indice de masse corporelle, tabagisme,) le résultat final n’est guère modifié, sauf chez les asthmatiques, mais leur dyspnée expiratoire est peut-être en cause dans le recueil de l’échantillon.

Le test a dépisté 3 KE sur une population de 726 patients Lettons (13 KE pour 100000 habitants) sur laquelle, statistiquement, on n’en pouvait attendre que 0,09. Il est plus rapide, moins onéreux (environ 8 euros) et plus acceptable que des fibroscopies répétées. Cette nouvelle technologie, basée sur les NPO, est donc prometteuse.

Dr Jean-Fred Warlin

Références
Broza YY et coll. : Screening for gastric cancer using exhhaled breath samples. BJS 2019; 106: 1122-1125.

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