Des défibrillateurs externes automatisés dans les lieux publics ? Pas d’accord !

Le délai de réduction de la fibrillation de la tachycardie ventriculaire à l’aide de défibrillateurs est un déterminant majeur de la survie après un arrêt cardiaque hors de l’hôpital. Pour réduire ce délai, l’American Heart Association (AHA) préconise plusieurs solutions : fournir plus de défibrillateurs externes automatisés ( DEA) aux intervenants traditionnels (police, pompiers, ambulances...), entraîner le personnel des lignes aériennes et placer des DEA dans les avions, placer des DEA dans des endroits publics et entraîner des volontaires.

Cette revue de la littérature avait pour but d’évaluer et de discuter l’efficacité clinique, l’impact sur la santé publique et les résultats de l’analyse coût/bénéfice de l’accès public à la défibrillation (APD).

La première question soulevée par les auteurs est de savoir si l’accès public à la défibrillation est efficace cliniquement. La réponse a la question semble être positive : le taux de survie a été amélioré lorsque des DEA ont été implantés dans des casinos, des gares, des aéroports, des avions…Les résultats de la récente étude PADT (Public Access Defibrillation Trial) ont montré un doublement de la survie après arrêt cardiaque lorsque des volontaires ont été entraînés et pourvus de DEA dans des groupes de population. Ces résultats sont cependant difficilement extrapolables car seulement 15 à 20 % des arrêts cardiaques surviennent dans des endroits publics et il est ardu de prédire où vont avoir lieu les futurs arrêts et à quel rythme.

La seconde question est de savoir quel est le coût /bénéfice de l’accès public à la défibrillation. L’analyse coût/ bénéfice de l’étude PADT n’est pas encore disponible et les études précédentes manquent de précisions sur les coûts, les résultats ou les deux. Des données provenant de sources multiples indiquent  que les DEA implantés sur des sites avec un taux estimé d’1 arrêt cardiaque tous les 5 ans, comme cela est recommandé par l’AHA, ne s’adressent qu’à environ 1 à 2 % des arrêts hors de l’hôpital et n’ont qu’un impact minime sur la survie globale des patients. On peut alors se demander si l’argent dépensé pour l’accès public à la défibrillation ne serait pas plus utilement employé pour des moyens alternatifs comme l’amélioration du temps d’intervention des ambulances (qui dans une étude a doublé le taux de survie).

Les auteurs concluent que s’il peut être intéressant et d’un bon rapport coût/bénéfice d’implanter des DEA sur les lieux où le risque est le plus élevé comme les aéroports ou les casinos, cela n’aurait qu’un impact limité sur la santé publique. L’implantation de DEA sur des lieux disséminés avec un faible risque d’arrêt cardiaque n’est probablement pas d’un bon rapport coût/bénéfice et cet argent devrait être mieux employé pour des interventions alternatives dans les maladies coronaires.

Cette revue un peu polémique de la littérature est cependant pragmatique, car pour tous les services de santé du monde, l’argent est rare et doit être employé au mieux des intérêts du public. On n’en attendait pas moins des auteurs écossais de cette revue que de mettre en évidence ce qu’est un bon rapport coût/bénéfice !

Dr Serge Brugier

Référence
Pell J : “Cost-effectiveness of automated external defibrillators in public places : con” Curr Opin Cardiol. 2007 ; 22 : 5-10.

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Vos réactions (6)

  • "Des défibrillateurs externes automatisés dans les lieux publics ? Pas d’accord !"

    Le 20 décembre 2006

    Ce serait vraiment gaspiller de l'argent vu le taux de survie des ACC même à l'hôpital avec tous les moyens et les compétences nécessaires, alors dans la rue ?

    Patrice Teterel

  • "Des défibrillateurs externes automatisés dans les lieux publics ? Pas d’accord !"

    Le 20 décembre 2006

    La question est plus vaste :
    - Doit on contnuer à donner des permis de conduire (et donc de tuer) sans rendre obligatoire une formation de secouriste.
    - Peut-on mettre à disposition des défibrilliteurs, qui augmentent les chances de survie, sans augmenter le nombre de citoyens formés ?

    Alain Dumas

  • "Des défibrillateurs externes automatisés dans les lieux publics ? Pas d’accord !"

    Le 21 décembre 2006

    Quel est le prix d'une vie ? Elle n'a pas de prix ! A quoi sert un défibillateur ? Est-ce comme dans les assurances, il faut du rendement ? Je suis pour un DSA ou DEA dans tous les établissements : magasins entreprises, gares etc...

    Marie-Noël Ingouf

  • "Des défibrillateurs externes automatisés dans les lieux publics ? Pas d’accord !"

    Le 21 décembre 2006

    Je viens de connaître, lors d'un vol Air France entre Santiago (Chili) et Paris, une situation de malaise profond chez une passagère américaine, coronarienne traitée, pour laquelle mon aide a été sollicitée. De simples mesures ont permis de la stabiliser, mais, au milieu de l'atlantique, à plusieurs heures de vol du continent, cette dame n'aurait eu aucune chance en cas d'arrêt cardiaque, en l'absence de défibrillateur.
    A réfléchir...

    Jean-Paul Goolaerts

  • "Des défibrillateurs externes automatisés dans les lieux publics ? Pas d’accord !"

    Le 21 décembre 2006

    Le lieu le plus fréquent de la mort subite est le domicile( 75 % ). C'est donc l'entourage des personnes à risque qu'il faut d'abord former à la reconnaissance de l'ACR et à la pratique des gestes élémentaires de survie. Le deuxième point est de faire parvenir un défibrillateur semi automatique en moins de 4 minutes (au delà d'un délai de 5 minutes pour la première défibrillation, les chances de survie s'amenuisent). Il faut donc passer de la ligne Maginot (les pompiers dans leurs casernes) à une force d'intervention rapide: déclencher le moyen d'intervention ( quel qu'il soit - VSAV,ambulance privée, SMUR ) le plus proche à l'instant "t" du lieu de la victime: les moyens techniques existent, un changement de culture de défense santaire est nécessaire et c'est une autrement difficile. Peut-être pourrait-on commencer par un département pilote.

    Jean-Luc Landas Nantes.

  • "Des défibrillateurs externes automatisés dans les lieux publics ? Pas d’accord !"

    Le 22 décembre 2006

    Je trouve cette phrase de l'auteur: "On n’en attendait pas moins des auteurs écossais de cette revue que de mettre en évidence ce qu’est un bon rapport coût/bénéfice !" tout à fait déplacée.

    Sidney Chocron

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