Des hypersignaux de la substance blanche en cas d’obésité viscérale

Les hypersignaux de la substance blanche (HSB) souvent découverts de manière fortuite sur une IRM ont volontiers une origine vasculaire. Ils posent un problème diagnostique du fait de leur faible spécificité, notamment quand ils concernent un sujet asymptomatique chez lequel le diagnostic de sclérose en plaques apparaît peu vraisemblable. Les HSB sont souvent associés à des facteurs de risque vasculaire et il semble qu’ils soient aussi le prélude à un déclin cognitif, mais il s’agit ici plus d’une hypothèse que d’une certitude bien établie. Il en va d’ailleurs de même pour leur association supposée avec le risque de démence ou d’accident vasculaire cérébral (AVC). La signification des syndromes radiologiquement isolés est toujours difficile à déterminer, alors que leur prévalence et leur incidence ne cessent d’augmenter avec la multiplication des plateaux d’imagerie non invasive.

L’obésité peut-elle favoriser l’apparition d’HSB? C’est à cette question que tente de répondre une étude transversale dans laquelle ont été inclus 1 825 sujets participant à la LIFE-adult study, âgés de 20 à 82 ans. L’indice de masse corporelle (IMC) au sein de cette cohorte était compris entre 18,4 et 55,4 kg/m2. Les variables quantitatives et qualitatives suivantes ont en outre été prises en compte : rapport taille/hanches (RTH), PA systolique/diastolique, diabète, tabagisme chronique, glycémie, valeurs des marqueurs de l’inflammation et distribution cérébrale des HSB sur une IRM réalisée au moyen d’un aimant de 3 Tesla. La probabilité régionale de la présence d’HSB selon le degré d’obésité a été déterminée par une analyse menée à l’échelle du voxel. En outre, le rôle de la hs-CRP et de l’interleukine 6 (IL-6) dans l’obésité et les HSB a été précisé au moyen d’analyses spécifiques par régression linéaire, complétées par des équations structurelles modélisées.

Une association qui reposerait sur la mise en jeu de cytokines pro-inflammatoires

Le RTH a été significativement associé à une probabilité plus élevée d’HSB prédominant dans les régions profondes de la substance blanche, même après ajustement selon l’âge, le sexe et la PA systolique (ß moyen = 0,0043; intervalle de confiance à 95 % IC 95% [0,00427, 0,0043], p < 0,05). D’autre part, les valeurs élevées de la PAS ont été associées à la présence d’HSB dans la substance blanche périventriculaire. Les analyses de médiation ont indiqué que les valeurs élevées de l’IMC et du RTH contribuaient à une augmentation du rapport HSB (substance blanche profonde/ périventriculaire) possiblement par l’intermédiaire de l’élévation des taux plasmatiques d’IL-6.

Cette étude transversale autorise quelques hypothèses intéressantes. Il semble qu’une augmentation sélective de la charge en HSB dans la substance blanche profonde soit observée en cas d’obésité morbide associée à une accumulation de graisse viscérale, indépendamment de comorbidités fréquentes telles l’HTA. Les analyses de médiation suggèrent que cette association reposerait sur la mise en jeu de certaines cytokines pro-inflammatoires, ce qui constitue un éclairage pathogénique nouveau. Ces hypothèses doivent être confrontées à une approche longitudinale plus que jamais nécessaire dans l’évaluation des HSB d’origine vasculaire.

Dr Philippe Tellier

Référence
Lampe L et coll. : Visceral Obesity Relates to Deep White Matter Hyperintensities via Inflammation.Ann Neurol., 2019; 85:194-203. doi: 10.1002/ana.25396.

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