Des rougeoles en réa

La rougeole est encore largement répandue dans le monde. Hautement contagieuse, il suffit, d’après l’OMS, de 5 % de personnes non immunisées pour voir apparaître périodiquement des poussées de la maladie au sein d’une population par ailleurs bien vaccinée. Le poids de la maladie est naturellement variable selon le niveau socioéconomique des pays mais l’expérience des émergents montre combien la rougeole constitue encore une affection potentiellement dangereuse.

L’équipe du service de soins intensifs du Cap fait part de son expérience des cas admis en réanimation pendant l’année 2010. En Afrique du Sud, 18 396 cas de rougeole ont été déclarés de janvier 2009 à février 2011 et dans l’hôpital pédiatrique du Cap, 552 enfants ont été admis entre le 1/11/09 et le 31/12/10. En 2010, sur 1 274 patients en réanimation, 58 (4,6 %), d’âge médian 7 mois, l’étaient pour rougeole. Parmi eux, 5 étaient HIV+ dont 4 sous traitement. La rougeole était d’origine communautaire 54 fois, nosocomiale 4 fois, mais non acquise en réanimation. Le diagnostic de la maladie a été basé sur la clinique hormis une confirmation par les anticorps IgM dans 15,5 % des cas. En tout, 72 % des enfants n’étaient pas vaccinés, ce qui n’est pas surprenant vu leur âge. Plus de 77 % avaient un poids normal.

A l’exception d’un enfant atteint de lymphome, les autres diagnostics à l’admission (plusieurs causes possibles) étaient pneumonie (81 %), choc septique (16 %), gastroentérite avec choc hypovolémique (5 %), laryngotrachéobronchite (9 %). Un support respiratoire de tout type a été administré 57 fois sur 58 ; 4 enfants ont eu une trachéotomie, l’un pour laryngite, les 3 autres pour sténose après intubation prolongée. Une co-infection nosocomiale a eu lieu pour 18 patients (31 %). Le traitement n’a pas été standardisé : 55 enfants ont reçu de la vitamine A, 56 des antibiotiques et 17 un antiviral. En définitive, 18 patients sont décédés (31 %), à comparer au taux global de décès de l’unité de 9,1 % et à celui des patients non rougeoleux de 8,8 % (P < 0,0001). Les causes les plus fréquentes étaient l’insuffisance respiratoire progressive (10, 56 %) et la défaillance multi-viscérale (5, 27 %) ; 2 enfants ont eu un choc infectieux par septicémie à Gram -. Les facteurs de risque majeurs étaient l’infection HIV (4 décès sur les 5), la malnutrition (odds ratio 6,5) et le score de gravité initial PIM 2 élevé (OR 38,5). En raison de l’occupation des lits de soins intensifs, 67 admissions pour intervention programmée ont été retardées et 87 refusées.

Les conditions d’observation sont très différentes de celles des pays occidentaux, cependant en France 5 000 cas de rougeole ont été déclarés en 2010, entraînant 1 500 hospitalisations, chez des patients plus âgés dont un tiers d’adultes.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Coetzee S et coll. : Measles in a South African paediatric intensive care unit: again! J Pediatr Child Health., 2014; 50: 379-85

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