Des signes d’arthrose sans douleur à l’IRM des genoux

Pour mettre en évidence d’éventuelles altérations de l'articulation du genou, l'IRM est la technique de diagnostic non invasive la plus fiable. Des lésions telles que les déchirures méniscales, les défauts du cartilage, les atteintes de la moelle osseuse, les ostéophytes et autres sont souvent interprétées comme des causes de douleur, déclenchant in fine des interventions médicales et chirurgicales. Pour autant, ces anomalies associées à l'arthrose peuvent également être observées chez des patients n’éprouvant pas de douleur, ce qui suggère implicitement que les aspects observés sur l'IRM ne sont pas nécessairement la cause des douleurs de ceux qui se plaignent de souffrir. Or, sur le plan épidémiologique, la prévalence estimée des signes d’arthrose à l’imagerie du genou chez des personnes non algiques est très hétérogène, et varie d'une étude à l'autre de 0 % à 75 %. Une revue systématique avec méta-analyse a cherché à préciser ce point.

La consultation de 6 bases de données électroniques a conduit à inclure 63 études (5 397 genoux de 4 751 adultes), et dans la méta-analyse, les estimations ont été stratifiées en fonction de l'âge moyen (inférieur à 40 versus supérieur ou égal à 40 ans).

La compilation des résultats montre que, chez les patients non douloureux, la prévalence globale des défauts du cartilage est de 24 % (intervalle de confiance à 95 % IC 95 % 15  %-34%) et celle des déchirures méniscales est de 10 % (7 % à 13 %). De plus, la fréquence des 2 types de lésions est significativement plus élevée avec l’âge : défaut du cartilage pour les moins de 40 ans 11 % (6 % à 17 %) et pour les plus de  40 ans 43 % (29 % à 57 %) ; déchirure méniscale pour les moins de 40 ans 4 % (2 % à 7 %) et pour les plus de 40 ans 19 % (13 % à 26 %). Pour les lésions médullaires et les ostéophytes, les estimations donnent globalement des chiffres de 18 % (12 %-24 %) et de 25 % (14 %-38 %), la prévalence des ostéophytes (mais non des lésions de la moelle osseuse) augmentant avec l'âge.

Plus du tiers des personnes après 40 ans

Cette revue systématique avec méta-analyse portant sur 5 397 genoux montre que des signes d’arthrose sont souvent  observés à l’IRM au niveau de genoux asymptomatiques non traumatisés et ils sont généralement associés à l'âge. Chez les jeunes adultes âgés de moins de 40 ans, la prévalence de ces signes d'arthrose asymptomatique va de 4 % à 14 %, alors qu’elle varie de 19 % à 43 % chez les plus de 40 ans. Pour les moins de 40 ans, ce sont les lésions médullaires qui sont les plus fréquentes, sans lien avec l'âge. La participation à des sports en charge pourrait y contribuer, même si les conséquences de ces lésions chez les jeunes athlètes sont mal identifiées. La fréquence respective dans les 2 groupes d’âge suggère cependant que la plupart se résolvent sans séquelles. Pour les autres atteintes arthrosiques, il semble qu’elles touchent plus du tiers de la population au-delà de 40 ans. Cette absence de corrélation systématique entre altération articulaire et douleur pourrait expliquer pourquoi les interventions n’atténuent pas toujours la douleur chez les patients, quand l’anomalie mise en évidence en imagerie ne représente pas l’étiologie de la douleur.

Les résultats de cette méta-analyse pourraient être utiles à la prise de décision clinique pour recentrer la prise en charge sur l'amélioration des symptômes et des limitations fonctionnelles, et non pas uniquement sur les résultats de l'imagerie.

Anne-Céline Rigaud

Référence
Adam G Culvenor and coll.: Prevalence of knee osteoarthritis features on magnetic resonance imaging in asymptomatic uninjured adults: a systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med. 2018 ; publication avancée en ligne le 9 juin. doi: 10.1136/bjsports-2018-099257.

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Vos réactions (2)

  • On ne traite pas des images

    Le 08 novembre 2019

    Cette étude rejoint une grande maxime de l'un de mes maîtres: "On ne traite pas des images, on traite des malades"!

    Dr M

  • Platon (au Dr M)

    Le 13 novembre 2019

    Platon, autre maître au moins digne du vôtre, expliquait que l’image n’est pas l’objet.

    Dr Pierre Castaing

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