Des troubles du goût et de l’odorat peuvent exister avant le traitement du cancer

Les modifications du goût et de l’odorat sont très fréquentes au cours du cancer. Elles sont souvent associées à l’anorexie, une sensation précoce de satiété, une perte de poids et une réduction de la qualité de vie. Si l’on sait qu’elles surviennent souvent pendant les traitements, de récents travaux ont suggéré que ces modifications peuvent être présentes dès le moment du diagnostic et donc avant tout traitement.

Afin d’approfondir cette question, une équipe allemande a mené une étude observationnelle prospective incluant 30 patients adultes atteints d’une tumeur solide. Les patients ont été recrutés lors de leur première consultation de radiothérapie. L’étude a pris en compte les déclarations des patients (troubles subjectifs) et les mesures objectives par des tests olfactifs et de goût. Parallèlement, le statut nutritionnel des patients était évalué.

Plus de 2 patients sur 3 sont concernés

Les résultats confirment l’intérêt de cette recherche, puisque 22 participants (74 %) présentent au moins un trouble du goût ou de l’odorat, subjectif ou objectif, et 10 (33 %) ont les deux sens altérés.

Les anomalies du goût sont plus fréquentes et les troubles subjectifs plus fréquents que les troubles objectifs. La dysgueusie est le trouble du goût le plus souvent rapporté, suivie de la réduction de la perception du goût, et enfin, de l’augmentation de la sensation. Les changements sont plus fréquents pour les saveurs salé et sucré. Seulement un patient estime que ces troubles ont un impact sur sa qualité de vie. Lors des tests objectifs, tous les patients réussissent à identifier au moins 1 des 4 saveurs, 7 (23 %) échouent pour 1 saveur ou plus (alors que 4 d’entre eux n’ont pas de trouble subjectif). Toutes les saveurs peuvent être concernées.

L’odorat moins souvent altéré

L’odorat semble moins souvent altéré que le goût. Les tests objectifs retrouvent 7 hyposmies et 1 anosmie, et la prévalence des troubles subjectifs est la même. Cinq patients estiment que leur odorat est au contraire renforcé. En revanche, les perturbations de l’odorat sont plus souvent rattachées à une altération de la qualité de vie que celles du goût.

Notons enfin que la moitié des patients sont à risque de dénutrition au moment de l’inclusion, alors que tous les patients sont de poids normal (n = 8) en surpoids (n = 14) ou obèses (n = 8). Dix ont perdu du poids au cours des 6 mois précédents, et 7 d’entre eux ont au moins 1 trouble du goût ou de l’odorat. La relation entre l’état de dénutrition et ces troubles n’est toutefois pas statistiquement significative.

Les auteurs insistent sur les difficultés rencontrées pour faire décrire avec précision les troubles subjectifs signalés. Il existe une grande hétérogénéité et de nombreuses variations dans les troubles rencontrés selon les patients. Ceci constitue un véritable challenge pour le dépistage et la prise en charge individuelle de ces troubles du goût et de l’odorat.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Uí Dhuibhir P et coll. : Self-reported and objective taste and smell evaluation in treatment-naive solid tumour patients. Support Care Cancer 2019. Publication avancée en ligne le 5 septembre 2019. doi: 10.1007/s00520-019-05017-3.

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