Diabète de type 2 et PR, une pierre deux coups avec l’inhibition de l’interleukine-1 ?

L’inflammation systémique chronique pourrait, dans une certaine mesure, contribuer à la pathogénie ou à l’aggravation du diabète de type 2. Cette hypothèse qui suscite une recherche abondante notamment sur des modèles animaux incite à utiliser certaines thérapies biologiques indiquées dans le traitement des rhumatismes inflammatoires chroniques, tels la polyarthrite rhumatoïde (PR). C’est ainsi que la voie de l’interleukine-1 (IL-1) peut être explorée et c’est là l’objectif d’une étude randomisée multicentrique ouverte réalisée en Italie. L’inhibition pharmacologique de l’IL-1 reposait sur l’anakinra –antagoniste recombinant des récepteurs de l’IL-1- chez 41 patients atteints à la fois d’une PR et d’un diabète de type 2. Ce traitement a été comparé aux inhibiteurs du tumour necrosis factor (TNF) (anti-TNF) suivants : adalimumab, certolizumab pegol, etanercept, infliximab ou encore golimumab.

Le principal critère de jugement est la variation de de l’HbA1c (en %) entre l’état basal et le terme de l’étude, soit six mois. Au total, l’analyse statistique a porté sur 39 participants (âge moyen = 62,72 ± 9,97 ans ; 74,4 % de femmes) chez lesquels la PR était le plus souvent séropositive (70,2 %) et évolutive, le DAS28 (Disease Activity Score-28) étant en moyenne de 5,54 ± 1,03 et les taux moyens de CRP (C-reactive protein) de 11,84 ± 9,67 mg/l. Les valeurs moyennes de l’HbA1c étaient à l’état basal de 7,77 ± 0,70 %, celles de la glycémie à jeu de 1,39 ± 0,42 g/l.

Réduction du taux d’HbA1c significative sous anakinra

L’essai a été interrompu prématurément au terme de 6 mois, une analyse statistique intermédiaire ayant mis en évidence une différence intergroupe significative au bénéfice du groupe traité. Ainsi, dans ce dernier, la réduction de l’HbA1c s’est avérée significative dans un modèle linéaire mixte sans ajustement dès le 3ème mois (β : -0,85, p < 0,001, IC 95% -1,28 à -0,42) pour se renforcer au 6ème mois (β : -1,05, p < 0,001, IC 95% -1,50 à -0,59).

Des résultats similaires ont été obtenus avec des ajustements qui ont pris en compte les facteurs de confusion potentiels liés à la fois à la PR et au diabète : sexe masculin, âge, séropositivité, corticothérapie éventuelle, ancienneté du diabète et de la PR, recours aux antibiotiques oraux, indice de masse corporelle à l’état basal, mais aussi aux 3ème et 6ème mois de traitement. Dans le groupe traité par les anti-TNF, la baisse de l’HbA1c n’a été que légère et non significative. Pour ce qui est de la PR, son évolutivité a diminué progressivement de manière similaire dans les 2 groupes. Aucun évènement indésirable sérieux n’est survenu au cours de l’étude. Des réactions urticariennes au niveau des points d’injection ont conduit à l’arrêt de l’anakinra chez 4 participants (18 %).

Cette petite étude randomisée suggère que l’inhibition pharmacologique de l’IL-1 peut faire d’une pierre deux coups chez les patients atteints à la fois d’une PR évolutive et d’un diabète de type 2. Un tel traitement serait capable d’améliorer le contrôle glycémique et de diminuer les signes témoignant de l’évolutivité du rhumatisme inflammatoire chronique. Il va sans dire que cette hypothèse mérite confirmation, compte tenu des limites de l’étude. Non pas tant le fait qu’elle soit ouverte, mais plutôt son interruption prématurée plus ou moins justifiée et, encore plus, la multiplicité des facteurs de confusion potentiels – notamment liés aux traitements en cours - à laquelle il convient d’ajouter la faiblesse des effectifs… De quoi susciter bien des questions et des réserves.

Dr Joseph Miller

Référence
Ruscitti P et coll. : Anti-interleukin-1 treatment in patients with rheumatoid arthritis and type 2 diabetes (TRACK): A multicentre, open-label, randomised controlled trial. PLoS Med. 2019;16(9):e1002901. doi: 10.1371/journal.pmed.1002901.

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