Disparition discrète de celui qui avait dopé la lutte contre l’EPO

Paris, le mercredi 13 janvier 2010 – Aucun des derniers communiqués mis en ligne sur le site du ministère des Sports n’évoque la disparition de Jacques de Ceaurriz. Pourtant, la mort de ce pharmacien, spécialiste de chimie et de toxicologie, qui fit ses débuts comme professeur à la faculté de pharmacie de Châtenay-Malabry, devrait attrister profondément la communauté sportive, plus particulièrement encore à la veille de l’ouverture des Jeux Olympiques de Vancouver. Le professeur de Ceaurriz qui s’est éteint à l’âge de 60 ans le mardi 5 janvier a en effet donné ses lettres de noblesse à la lutte contre le dopage et fait de la France l’un des pays pionniers dans ce domaine.

Face aux tricheurs, la roue tourne

A la tête du laboratoire antidopage de Châtenay Malabry depuis 1997, c’est son équipe en collaboration avec celle de Françoise Lasne qui mit au point un test efficace de détection de l’érytrhopoïétine (EPO) dans les urines. Après la publication de ses résultats en 2000 dans la revue Nature, le dispositif de détection avait pu être rapidement utilisé lors des jeux Olympiques de Sydney organisés la même année. C’est également à Jacques de Ceaurriz que l’on doit plus récemment l’élaboration d’un test permettant de révéler la présence de corticoïdes, tandis qu’il se penchait plus récemment sur la détection de l’autotransfusion sanguine. Ces exploits lui valurent d’être la cible des foudres de quelques sportifs célèbres, au premier rang desquels Lance Armstrong, qui ne goûta guère que des analyses rétrospectives réalisées par l’équipe de Jacques de Ceaurriz jettent un sérieux voile sur sa victoire du Tour de France en 1999. Au lendemain des attaques lancées par le cycliste américain contre les travaux du laboratoire, le spécialiste de la lutte anti-dopage commentait sobrement : « L’affaire Armstrong a fait évoluer les choses et on a abouti avec les analyses rétrospectives. C’était le seul intérêt d’en prendre plein la figure ».

A domaine sensible, silence sensible

Est-ce sa ténacité ou tout au contraire sa discrétion qui explique que la disparition du professeur Jacques de Ceaurriz soit aujourd’hui passée sous silence par les instances officielles. Les hommages ont en effet été rares dans la communauté sportive, à l’exception de celle de la Fédération française d’athlétisme qui par la voix de son président Bernard Amsalem assure qu’il « a permis le progrès et l’innovation dans un domaine ô combien sensible pour l’éthique du sport ».

A.H.

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Vos réactions (1)

  • Je regrette la discrétion du monde sportif

    Le 14 janvier 2010

    Merci au Jim pour cet hommage au Pr De Ceaurriz.
    J'ai eu la chance de bénéficier d'une partie de son savoir. C'était un homme discret, humble et d'une grande compétence.
    Je regrette tout comme vous la discrétion du monde sportif qui lui doit pourtant beaucoup.
    Les acteurs de la lutte contre le dopage auxquels j'appartiens n'oublieront pas ses importantes contributions.

    Claude Cayrac

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