Dites-moi quel âge ont mes poumons et je m’arrête de fumer !

On estime à 25 % le taux des fumeurs qui développent une bronchopneumopathie obstructive (BPCO), quatrième cause de mortalité dans le monde. Au Royaume-Uni (RU), sur environ 1,5 millions de cas potentiels de BPCO, la moitié n’est actuellement pas diagnostiquée et le délai moyen entre la survenue des premières anomalies et le diagnostic est estimé à 20 ans. La spirométrie (SM) est capable de détecter les troubles pulmonaires obstructifs à partir de 20 paquets/année de tabagisme. Cependant malgré la large diffusion de cette méthode, l’âge moyen de détection des BPCO n’est que de 55 ans. Or, le diagnostic précoce de la BPCO est susceptible d’améliorer les résultats des programmes de sevrage tabagique. Le concept d’ « âge pulmonaire » (AP), c'est-à-dire l’âge moyen qu’aurait une personne en bonne santé obtenant la même valeur de FEV1 (volume expiratoire forcé à la première seconde) ou VEMS a été développé en 1985 afin de rendre plus accessibles les résultats de la SM, mais également pour s’en servir comme d’un outil psychologique afin de montrer aux fumeurs le vieillissement prématuré de leurs poumons.

Dans l’objectif d’évaluer l’impact de l’annonce de l’AP estimé par la SM aux patients fumeurs sur le succès du sevrage tabagique, une équipe anglaise a réalisé une étude randomisée chez 561 fumeurs âgés de plus de 35 ans. Une SM a été réalisée chez tous les participants ; l’AP a été communiqué à ceux du groupe intervention alors que dans le groupe contrôle, seul la valeur brute du VEMS était précisée. Les deux groupes de participants ont reçu des conseils d’arrêt du tabac et l’adresse d’un service de sevrage tabagique leur a été fournie. Le critère principal de jugement a été l’arrêt du tabac à 12 mois, évalué à l’aide d’un test salivaire. Les critères secondaires ont été les modifications rapportées par les participants sur leur consommation quotidienne de cigarettes et les nouveaux cas de BPCO diagnostiqués.

Le taux de suivi moyen de l’étude a été de 89 %. Le taux de sevrage tabagique à 12 mois a été significativement supérieur dans le groupe intervention par rapport au groupe contrôle : 13,6 % versus 6,4 % respectivement (différence = 7,2 % ; p = 0,005 ; IC 95 % : 2,2 % à 12,1 % ; nombre de patients à traiter : 14). Or, les personnes dont les AP étaient les plus discordants par rapport à l’âge réel n’avaient pas antérieurement manifesté plus de désir de s’arrêter de fumer que celles avec un AP normal. Le coût moyen d’une interruption effective du tabagisme a été estimé à 366 €. Enfin, le taux de nouveaux cas de BPCO a été de 17 % dans le groupe intervention contre 14 % dans le groupe contrôle, soit un taux total de 16 % (89/561) pour l’ensemble des sujets.

L’annonce aux fumeurs de leur âge pulmonaire à l’aide de la spirométrie semble donc améliorer significativement les chances de réussite du sevrage tabagique. En ce qui concerne les coûts estimés de cette méthode, ils se situent dans la fourchette de ceux (voire moins chers) des techniques actuellement disponibles au Royaume-Uni, y compris les traitements de substitution nicotinique, les traitements médicamenteux, les consultations de sevrage tabagique et les conseils téléphoniques.

Dr Khodor Chatila

Références
Parkes G et coll. : Effect on smoking quit rate of telling patients their lung age : the Step2quit randomised controlled trial." BMJ 2008 ; 336 : 598-600.

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Vos réactions (1)

  • 25% des fumeurs sont atteints de BPCO.....

    Le 22 mars 2008

    D'autres causes, en dehors du tabagisme, existent donc pour que l'on développe une BPCO.
    Sont-elles répertoriées ? Si oui, pourrait-on avoir des informations?
    Si on les connait, ce serait un bon moyen pour prévenir "ceux qui ne devraient jamais fumer", vu leurs prédispositions.
    Et puis ce serait intéressant d'être tenu au courant de la recherche, s'il y en ! Constater les dégâts et les subir n'est pas très satisfaisant!

    Jacqueline Bissery

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