Dormir trop ou trop peu précipiterait la chute

Un sommeil de qualité, ni trop long ni trop bref, autrement dit réparateur, est essentiel pour atteindre une qualité de vie optimale, sans préjuger de la quantité. Les troubles du sommeil peuvent être à  l’origine de chutes, voire de fractures, en particulier chez le sujet âgé. Ils peuvent d’ailleurs influer sur de nombreuses fonctions métaboliques ou physiologiques qui interfèrent avec le turn-over osseux et la force musculaire, tout en favorisant les comorbidités, ce qui contribue à l’aggravation ou à la survenue de chutes volontiers traumatisantes.

L’étude de cohorte prospective Women's Health Initiative (WHI) offre l’occasion de rechercher des associations plus précises entre les troubles du sommeil et le risque de chutes ou de fractures au sein d’une cohorte de 157 306 femmes. La qualité et la durée du sommeil, tout autant que l’existence éventuelle d’une insomnie ont été déterminées à partir de questionnaires régulièrement remplis. Les chutes ont été comptabilisées annuellement et considérées comme récidivantes dès que leur fréquence était supérieure à deux par an. Les données ont été traitées au moyen d’une analyse par régression logistique couplée au modèle des risques proportionnels de Cox. Le risque de chutes récidivantes ou de fractures, en fait l’odds ratio associé aux troubles du sommeil ou à l’insomnie a été estimé par rapport à un groupe de référence dans lequel les sujets dormaient sept heures par nuit. La durée moyenne du suivi a été de 7,6 années pour les chutes et de 12 années pour les fractures.

Le manque de sommeil impliqué dans le risque de fractures

Une analyse multivariée avec ajustement en fonction des comorbidités, des traitements médicamenteux et de la forme physique a mis en évidence une association entre la durée du sommeil et le risque de chutes récidivantes. Ainsi, en cas de sommeil trop bref (≤5 heures), l’OR correspondant a été estimé à 1,28 (intervalle de confiance à 95 %, IC 95 %,  1,23 à 1,34) et il en était de même en cas de nuits de sommeil trop longues, l’OR étant alors de 1,25 (IC 95% 1,09 à 1,43).  Une mauvaise qualité de sommeil, des altérations marquées tout autant que  l’insomnie avaient un effet similaire sur le risque de chuter de manière itérative. 

Quant au risque de fractures, c’est le manque de sommeil qui l’emporte et tous les sites anatomiques sont concernés : membres supérieurs ou inférieurs, squelette axial notamment, à une exception près, la hanche qui est épargnée dans ces associations caractérisées par un hazard ratio compris entre 1,10 et 1,13 (p<0,05). Les autres perturbations du sommeil, y compris l’insomnie, n’ont semblé que très faiblement impliquées dans ces associations sans atteindre le seuil de signification statistique.

Cette étude prospective qui porte sur une vaste population féminine plaide en faveur d’une association entre les troubles du sommeil et le risque de chutes récidivantes. Trop ou pas assez de sommeil : ce serait là l’erreur à éviter, étant entendu que le risque a été évalué dans le cadre d’une approche cas-témoins ce qui autorise tout au plus des hypothèses. Quant au risque de fracture, c’est un sommeil trop bref qui l’augmenterait de façon très modeste, tellement modeste que le danger en devient quelque peu théorique.

Dr Philippe Tellier

Référence
Cauley JA et coll. : Characteristics of Self‐Reported Sleep and the Risk of Falls and Fractures: The Women's Health Initiative (WHI). J Bone Miner Res., 2019; 34(3):464-474.

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