Double emploi au pays du Bonheur national brut !

Thimphou, le samedi 18 mai 2019 – « Est-ce qu’il exerce encore ? ». C’est une question qui est régulièrement posée quand on apprend qu’un élu de la République est également médecin (ce qui est une situation relativement fréquente). Et la réponse est le plus souvent négative. La charge de maire ou de député est en effet telle et les ambitions politiques si pressantes qu’il est rare que les médecins ne raccrochent pas leur blouse quand ils accèdent au pouvoir, même s’il existe des exceptions.

Bifurquer vers l’hôpital

Au Bhoutan, petit pays situé entre l’Inde et la Chine, qui n’accepte les visiteurs étrangers (et de façon très encadrée) que depuis 1970, la réponse est affirmative, même quand il s’agit du premier ministre. Lotay Tshering, âgé de 51 ans, devenu premier ministre après la victoire de son parti (de centre-gauche) fin 2018 aimerait d’ailleurs pouvoir consacrer davantage de temps à sa pratique médicale. « Lorsque je conduis jusqu’au travail les jours de semaine, je souhaite pouvoir tourner à gauche en direction de l’hôpital » a-t-il récemment confié aux journalistes de l’AFP qui lui ont consacré un portrait. Comme le suggère cette déclaration, Lotay Tshering n’a édifié aucune séparation stricte entre son travail politique et sa mission médicale. Au contraire, elles ont toujours été liées. Celui qui après la défaite de son parti en 2013 avait été envoyé par le roi dans les campagnes reculées du Bhoutan pour conduire une équipe médicale est depuis convaincu du rôle majeur de l’action politique en matière de santé publique et des liens entre médecine et exercice du pouvoir. « A l’hôpital (où il travaille tous les jeudi matin et samedi, ndrl), j’examine et je soigne des patients. Au gouvernement, j’examine les politiques de santé et j’essaye de les améliorer » explique-t-il, faisant encore remarquer la présence dans son bureau de Premier ministre d’une blouse blanche, destinée à constamment lui rappeler sa promesse de renforcer l’accès aux soins.

Faire un tabac à la télévision

Les enjeux en la matière, Lotay Tshering les connaît bien : il a été pendant très longtemps l’unique chirurgien urologue du pays (qui il est vrai compte moins de 760 000 habitants). Pour pallier le manque de praticiens, Lotay Tshering, qui a étudié dans plusieurs pays développés (Japon, Australie, Etats-Unis) n’hésitait pas à travailler jusqu’à 15 heures par jour, avant de se lancer en politique. Cette orientation avait été préparée par de longues années d’activisme en faveur de la santé : le docteur Tshering a notamment été un habitué du programme télévisé (télévision qui n’est accessible que depuis 1999) diffusé par la Bhutan Broadcasting Service (BBS) invitant à lutter contre les mauvaises habitudes sanitaires. Parmi elles ne figure plus le tabagisme, puisque le Bhoutan est le seul état du monde à avoir totalement prohibé le tabac (depuis 2004). D’autres fléaux sévissent cependant, tel l’alcoolisme, en raison, notamment, de l’amour immodéré des Bhoutanais pour le whisky.

Bilan carbone

Le gouvernement se risquera-t-il à priver la population de ce vice afin de faire progresser le Bonheur national brut ? Cet indice imaginé par le roi Jigme Singye Wangchuck a parfois été moqué par les occidentaux. Mais il recouvre des critères sérieux : la croissance et le développement économique, la conservation et la promotion de la culture, la sauvegarde de l’environnement (ce qui est facilité au Bhoutan par le riche patrimoine en forêt qui permet au pays de présenter un bilan carbone nul) et la bonne gouvernance responsable. Sur ce point, le pays est aux bons soins du docteur Tshering.

Aurélie Haroche

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