Douleur aiguë, douleur chronique. Et pourquoi pas l’hypnose ?

« L’hypnose, un processus de conscience qui puise dans l’imaginaire et les souvenirs est un merveilleux outil en pédiatrie » ont signalé d’entrée de jeu Caroline Coudy et Cécile Mareau (Marseille). Pour rappel, l’hypnose implique une participation active et volontaire du patient ; elle trouve sa source dans la focalisation de l’attention en vue d’une exploration de l’imaginaire à l’aide des 5 sens. Les enfants adhérents très facilement à cette technique surtout entre 8 ans et 12 ans. Lors du processus hypnotique, l’enfant qui est parfaitement conscient de son environnement, a un accès sans pareil à son imaginaire.

Il existe plusieurs types d’hypnose. Ici, c’est d’hypnose conversationnelle dont il s’agit. C’est avant tout une technique de communication avec laquelle il faut faire attention aux mots, aux paroles prononcées et bannir toute expression négative (essayer, mal, piqûre, …), tout en « saupoudrant » de suggestions positives d’amélioration, de bien-être, de confort (rassure-toi, tranquille, confortable, …). Des métaphores sont utilisées. En cas d’algodystrophie, on explique par exemple : « le petit bonhomme bleu apporte des messages de douleur alors que ton pied est guéri ». Par ailleurs, plutôt que de dire: « vous avez de moins en moins mal, votre douleur diminue », dites plutôt: « une agréable sensation de fraîcheur se répand, une sorte d’engourdissement se développe, … » On n’emploie pas non plus la négation car le cerveau ne l’entend pas. Si vous dites : « ne pensez pas, n’imaginez surtout pas que maître Yoda est ici présente, » … « Vous pouvez être certain que tout le monde verra maître Yoda » a expliqué Cécile Mareau.

Dans la communication hypnotique, on peut dire les choses, mais avec l’art et la manière : « Je ne sais pas si tu vas t’améliorer en 2 mois ou en 1 mois ou peut-être même en 15 jours. Tu pourras être surpris de constater que dès demain cela commence déjà à aller mieux… »

Quant utiliser l’hypnose ?

La prise en soins en hypnose s’adresse aux enfants souffrant de douleurs chroniques ou récurrentes de toutes origines: migraines, douleurs psychosomatiques, douleurs abdominales ou articulaires des maladies auto-inflammatoires, drépanocytose, algodystrophie. On peut aussi l’utiliser dans n’importe quel stress comme un acte chirurgical ou anesthésique programmé ou non, une simple hospitalisation, une situation de prise en charge aux urgences… En bref, dans les situations où on peut induire une modification de l’état de conscience similaire à l’hypnose et augmenter la suggestion. A noter que le moment de l’ordonnance est aussi le plus propice aux suggestions.

L’apprentissage de l’autohypnose

L’hypnose peut aussi aider l’enfant à être acteur de ses soins, à devenir le commandant de son corps et à prendre le pouvoir sur ses douleurs grâce à l’apprentissage de l’autohypnose. En cas de douleur psychosomatique, il faut pouvoir dire que la douleur existe et la reconnaître sans chercher la cause. Il faut écouter comment l’histoire de la maladie a modifié la vie de l’enfant, son organisation, et ses aménagements relationnels et affectifs. Il faut éviter de dire « tu n’as rien, tous les examens sont normaux » car l’enfant entend: « il n’y a rien à faire pour te soigner… ».

Le rôle du praticien dans ce contexte est celui de guide ou d’entraîneur. La prise en charge thérapeutique en hypnose se compose de 5 à 6 consultations en moyenne. La première, en présence des parents et de l’enfant, permet d’obtenir l’adhésion de l’enfant, de faire émerger sa demande réelle, de définir l’objectif à atteindre, de connaitre ses peurs et ses désirs, mais aussi ses centres d’intérêt. Les consultations suivantes durent environ 30 minutes, avec l’enfant sans ses parents. L’objectif de l’autohypnose est ensuite de permettre à l’enfant de continuer à utiliser ces techniques dans sa vie future pour des événements stressants autres qu’une douleur.

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Coudy C et Mareau C: Hypnose : quand penser à l’hypnose pour soulager ou prévenir les douleurs de l’enfant ? Atelier n°2. 25ème congrès national de pédiatrie ambulatoire (Marseille) : 21-23 juin 2019.

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