Du poisson au menu des séniors

Il a été montré que les omégas 3 alimentaires de sources marine et végétale avaient des effets bénéfiques dans les domaines cardiovasculaires et cognitifs notamment. Mais quel est leur impact sur le vieillissement en globalité ? Cette question a été explorée par des chercheurs aux USA, au sein d’une cohorte de 2 622 personnes initialement en bonne santé et âgées de 74 ans, suivies sur 23 années. Seuls les omégas 3 de sources alimentaires étaient pris en compte, les consommateurs de compléments en huile de poisson étant exclus de l’étude.

Le vieillissement réussi était défini par l’absence de maladies chroniques (cancers, maladies cardiovasculaires, pulmonaires et rénales), de troubles cognitifs et physiques, et de mortalité. Pour les oméga 3, les auteurs ont mesuré leurs taux plasmatiques à l’inclusion puis 3 fois au cours du suivi, en distinguant l’acide alpha-linolénique ALA (source végétale, courte chaîne), l’EPA et le DHA (sources marines, longues chaines). Les différentes valeurs recueillies au cours du temps ont été intégrées en une seule en pondérant davantage les valeurs plus récentes. Quel est le lien entre la prise alimentaire d’oméga 3 et ces biomarqueurs plasmatiques ? Les niveaux des oméga 3 plasmatiques dépendent à la fois de l’alimentation et du métabolisme ; ainsi, les désaturases FADS transforment dans une certaine mesure l’oméga 3 ALA en EPA et DHA, avec une activité variable selon le polymorphisme de ces gènes. Au final, les auteurs indiquent que ces biomarqueurs plasmatiques reflètent assez bien la consommation alimentaire, la corrélation étant de l’ordre de 0,7.

De nombreux ajustements ont été réalisés, sur des paramètres socio démographiques, biologiques, physiques, l’alimentation, le tabac et l’alcool, des antécédents médicaux personnels et familiaux.

Un lien entre consommation élevée d’oméga 3 et vieillissement « réussi »

Des niveaux élevés d’oméga 3 à longues chaînes sont apparus associés à une baisse de risque de vieillissement défavorable, de 18 % entre les quintiles extrêmes (intervalle de confiance [IC] à 95 % : 7 %-28 %), et pour l’EPA seul de 15 % (IC 95 % : 6 %-23 %). En pratique, ces différences entre quintiles extrêmes correspondent à environ une portion de poisson par semaine. Des niveau élevés d’ALA étaient inversement liés au volet « absence de maladies chroniques » soit -19 % entre quintiles extrêmes (IC 95 % : 9 %-29 %).

Ces bénéfices pourraient s’expliquer par les effets déjà constatés des oméga 3 sur la pression artérielle, la fonction endothéliale, les triglycérides, le rythme cardiaque et l’inflammation. Ils sont cohérents avec les liens observés entre oméga 3 à longue chaîne sériques et mortalité coronarienne, cancer du sein, démences et fonctions cognitives. Nombreuses sont aussi les études qui montrent une diminution de la mortalité avec la prise de poisson.

Notons que dans cette étude, les omégas 3 sériques proviennent de poisson et non de compléments en huile de poisson. Ce travail ne permet donc pas de conclure sur les bénéfices de ces derniers. Elle suggère en revanche que le poisson tient une place importante dans l’équilibre alimentaire des séniors.

Dr Viviane de La Guéronnière

Référence
Lai HTM et coll. : Serial circulating omega 3 polyunsaturated fatty acids and healthy ageing among older adults in the Cardiovascular Health Study: prospective cohort study. BMJ, 2018;363:k4067

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