Du sérum salé hypertonique pour réduire l’inflammation du sepsis ?

La septicémie se caractérise par une réponse non régulée de l'hôte qui entraîne une altération microcirculatoire, une réduction de la perfusion tissulaire et un dysfonctionnement des organes. Les recommandations actuelles pour améliorer la perfusion au stade initial du traitement comprennent l'administration d'un bolus liquidien de 30 mL/kg chez les patients en hypoperfusion. Mais, il est démontré qu’un bilan liquidien positif est associé à une mortalité accrue chez les patients septiques.

L'excrétion du glycocalyx endothélial (GE) induit une extravasation liquidienne et un œdème interstitiel, précipite l'activation endothéliale et leucocytaire, et augmente la perméabilité vasculaire. Le sérum physiologique hypertonique augmente l'osmolalité sérique et puise de l'eau dans l'interstitium ; il pourrait donc rétablir la circulation sanguine tout en évitant l'administration de grands volumes de liquide. En retour, cela peut réduire l'excrétion du GE, l'inflammation et l'activation endothéliale.

L'objectif de cet essai pilote randomisé et contrôlé était de mesurer l'effet du sérum physiologique hypertonique, comparativement au sérum physiologique isotonique, sur les biomarqueurs de l'excrétion du GE et de l'inflammation chez les patients des services d'urgence suspects de septicémie.

Une voie de recherche et un retour à la théorie ancienne des « small volumes hypertoniques »

Les patients ont reçu, soit 5 mL/kg de solution saline à 3 % (groupe hypertonique, n = 34) ou 10 mL/kg de solution saline à 0,9 % (groupe isotonique, n = 31). Les changements dans les concentrations des biomarqueurs sériques du syndécan-1, de l'hyaluronane, de la molécule d'adhésion intercellulaire-1, de la molécule d'adhésion des cellules vasculaires-1, de l'interleukine-6, -8, -10, de l'interféron-γ, des lipocalines et résistines associées aux neutrophilases gélatinases ont été comparées en utilisant des modèles à effet mixte linéaire, à partir de valeurs initiales (T0), puis après administration du soluté (T1), à 3 h (T3) et à 12-24 h (T24). Idem pour l'osmolalité sérique.

Les patients du groupe hypertonique ont eu une osmolalité sérique moyenne significativement plus élevée que ceux du groupe isotonique à T1 (p < 0,001) et T3 (p = 0,004). Des différences mineures ont été observées dans les valeurs de certains biomarqueurs, y compris une diminution de la variation du syndécan-1 à T1 (p = 0,012) et de l'interleukine-10 à T24 (p = 0,006) dans le groupe isotonique, comparativement au groupe hypertonique.

Une voie de recherche peu prometteuse

Cette étude démontre qu’il est possible d'atteindre l'hyperosmolalité avec une dose unique de solution saline à 3 %, ce qui n'avait jamais été démontré auparavant dans ce type de cohorte de patients. Mais si un bolus unique de solution saline hypertonique à 3 % augmente l'osmolalité sérique, il ne parvient pas à réduire les biomarqueurs de l'excrétion des glycocalyx endothéliaux, de l'activation endothéliale ou de l'inflammation, comparativement aux patients ayant reçu une solution saline à 0,9 %. De plus, la solution saline hypertonique ne réduit pas de façon significative le volume du cristalloïde administré par la suite.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Smart L et coll.: Bolus therapy with 3 % hypertonic saline or 0,9 % saline in emergency department patients with suspected sepsis: A pilot randomised controlled trial. J Crit Care. 2019 Aug ; 52: 33-39.

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