Dur dur d’être étudiante sage-femme

Savoir gérer les traumatismes est un aspect fondamental de la fonction de sage-femme. La présence auprès des femmes dans des circonstances difficiles a un coût émotionnel en terme de stress qui peut aller jusqu’au burn-out surtout en cas d’expositions répétées à ce type de cas. Il est probable que le cursus d’enseignement au métier de sage-femme ne les formes pas adéquatement à faire face à ces situations.

Des étudiantes britanniques ont été interrogées sur ce qu’elles considèrent comme le plus traumatisant dans leur parcours d’apprentissage et comment elles le vivent. Voici l’essentiel de leurs réponses.

Le spleen de l’étudiante en maïeutique

L’hôpital, disent ces étudiantes, est un lieu hiérarchisé, bondé, en sous-effectif, où les apprenties sages-femmes doivent revoir à la baisse leur engagement auprès des patientes. C’est une usine où la continuité des soins n’est pas de mise, où certaines sages-femmes exercent de façon mécanique sans se poser de questions, manquent de respect aux femmes qui ne les comprennent pas et ne proposent pas de soutien aux étudiantes. L’accouchement doit suivre des protocoles, les femmes sont alors projetées dans un système qui n’est pas basé sur elles mais sur le fonctionnement de l’hôpital ou sur ce que l’équipe considère comme plus pratique. Le No man’s land : telle est la place l’étudiante entre la parturiente et la sage-femme. Mais elle trouve du réconfort dans les bonnes relations qu’elles peuvent nouer avec les couples, même si elles pensent devoir rester à distance.

Allez chercher la boîte rouge !

Les étudiantes sont « sidérées » par la soudaineté de certains évènements traumatiques d’autant qu’elles peuvent être enrôlées dans une prise en charge qu’elles ne maîtrisent pas.  « Va chercher  la boite rouge ! » Comment réagir à une telle injonction lorsqu’on est étudiante de première année, qu’on n’a aucune idée de ce qu’est cette fameuse boite rouge et où elle peut se trouver mais qu’elle est visiblement nécessaire à la réanimation d’un nouveau-né ? Les conséquences : une phase de rumination, puis la réalité qui se fait jour, un brutal retour sur terre : oui, c’est aussi ça le métier. Ces étudiantes doutent de leurs capacités de résilience, craignent d’être confrontées à d’autres évènements traumatiques ou de ne pas avoir le courage de retourner sur le terrain.

Comment faire face

Pour faire face, si certaines abusent du tabac, de l’alcool ou des sucreries, d’autres s’ouvrent de leurs difficultés à leur entourage ou écrivent, parfois bénéficient d’un débriefing avec des membres de l’équipe mais aucune n’a eu droit à un déconditionnement psychologique

Ces étudiantes britanniques se confrontent à la désillusion  face à un avenir qu’elles avaient imaginé différent. Elles sont mal préparées aux évènements autres que l’accouchement normal dans de grandes unités où les relations interprofessionnelles sont fragmentées.

Des réunions de soutien et un apprentissage hors les murs de l’hôpital pourraient les aider à mieux composer avec leurs conflits idéologiques.

Marie Gélébart

Référence
Davies S et coll. : “No Man's Land”: An exploration of the traumatic experiences of student midwives in practice. Midwifery 2015: 31; e858-864.

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