Ebola au Congo-Kinshasa : l’OMS craint le pire et organise la riposte

Bikoro, le lundi 14 mai 2018 – Selon le dernier décompte de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), en date du 11 mai, 34 cas d’Ebola (dont deux confirmés biologiquement) ont été recensés dans la région de Bikoro en République Démocratique du Congo (RDC) ces cinq dernières semaines. En outre, 18 décès sont à déplorer et 14 patients présentent des symptômes pouvant faire suspecter la maladie.

Ces chiffres n’ont, pour les autorités sanitaires de ce pays qui connaissent leur huitième épidémie du genre, rien d’inquiétants. Ainsi, Jean-Jacques Muyembe, directeur de l’Institut congolais de Recherche Biomédicale a pu affirmer que le risque de propagation est « très faible (…). Il est difficile voir impossible qu’un patient puisse quitter cette zone et se déplacer vers un centre urbain » fait-il valoir. Pour lui, au total, cette épidémie est un « feu de paille » que ses équipes « maitriseront rapidement ».

Une conclusion que ne partage pas l’OMS qui a affirmé vendredi, à la veille d’un voyage de deux jours de son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, que le risque de propagation de l’épidémie d’Ebola est « élevé » et devait faire craindre le « pire des scénarios ».

Les raisons de l’inquiétude

Premier élément qui doit susciter la méfiance selon l’OMS : des cas suspects auraient été répertoriés dans la capitale régionale Mbandaka.

L’isolement de la région de Bikoro pourrait aussi être une source de complication alors que ses établissements sont tributaires des organisations internationales pour fonctionner dignement.

Sur le plan géographique, la proximité du fleuve Congo fait également craindre une diffusion de la maladie sur tout son cours, vers Kinshasa, mais aussi vers le Congo-Brazzaville et la République centrafricaine qui s’est d’ores et déjà placée en état d’alerte.

Enfin, cette nouvelle flambée du virus, dont l’endiguement pourrait être coûteux, intervient au moment où les États-Unis envisagent de réduire leur participation à la lutte contre cette maladie. Le 8 mai, Donald Trump a ainsi demandé au Congrès d’annuler le versement de 252 millions de dollars qui y étaient destinés.

Cette épidémie pourrait aussi marquer les premières victoires (ou désillusions…) de la vaccination. Ainsi, les médecins de l’OMS attendent le feu vert des autorités sanitaires congolaises pour inoculer 4000 doses d’un vaccin expérimental, testé en Guinée en 2015, et qui seront acheminées en milieu de semaine.

Les précautions de l’OMS s’expliquent peut-être également par son souci de ne pas être de nouveau pris en défaut, alors qu’elle avait tardé à prendre conscience de la gravité de la grande épidémie ouest-africaine de 2014-2016.

Frédéric Haroche

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