Ebola : une maladie High Tech ?

Paris, le samedi 8 novembre 2014 – Guéckédou, ville de 340 000 habitants, troisième ville la plus peuplée de Guinée et épicentre dans ce pays de l’épidémie de fièvre Ebola était une inconnue du pourtant quasiment omniscient logiciel « Google Maps ». L’absence de cartographie précise des ruelles et des passages de la cité s’est révélée un obstacle supplémentaire pour les humanitaires sur place chargés de retracer les sujets ayant été en contact avec les patients infectés par le virus Ebola. Pour répondre à cette lacune, la communauté des internautes s’est fortement mobilisée sous l’impulsion de l’ONG Humanitarian OpenStreetMap Team (HOT) : en quelques heures Guéckédou est sortie des limbes du web et a fait son apparition sur OpenStreetMap .

Une épidémie à l’ère numérique

Cette reconstitution minutieuse des quartiers de Guéckédou grâce au web et sur le web est peut-être la première illustration du poids des nouvelles technologies et des nouveaux modes de communication dans la gestion de l’épidémie d’Ebola, mais sans doute pas la dernière. Rarement jusqu’à aujourd’hui, la lutte contre une maladie n’avait entraîné l’essor de tant de nouveaux outils « high tech ». Outre les prouesses réalisées par les laboratoires ayant permis, par exemple au sein du CEA, la mise au point ultra rapide de tests de détection utilisables sur le terrain et offrant une réponse en quelques minutes, au-delà des robots de désinfection qui connaissent aujourd’hui de nouvelles missions face au défi que représente Ebola, les géants des nouvelles technologies sont plus que jamais sollicitées. Leur atout principal : abolir les distances comme le proclament les publicités et faciliter la géolocalisation des individus.

Une application qui fait la différence au Nigeria ?

C’est dans cet esprit qu’a par exemple été utilisée eHealth développée par la société américaine eHealth and information systems. Au Nigeria, les agents chargés d’identifier l’ensemble des personnes ayant été en contact avec un sujet atteint du virus Ebola ont été équipés de téléphones portables et de tablettes sur lesquels était installée cette application. Elle leur a tout d’abord permis d’envoyer en temps réel les informations concernant les sujets contacts au ministère de la Santé. Par ailleurs, grâce à un système d’alerte, ce dispositif a contribué à réduire considérablement le temps entre l’apparition de symptômes suspects et leur signalement aux équipes médicales. Pour beaucoup ce système de surveillance a représenté un atout de poids et contribué à la victoire du Nigeria contre l’épidémie, même si les différences structurelles qui existent entre ce géant de l’Afrique et les autres pays touchés ont sans doute été plus significatives encore.

Pour aider l’Afrique, envoyez de l’argent… ou des téléphones portables

Alors que l’utilisation d’e-Health en Sierra Leone, au Liberia et en Guinée est fortement envisagée, de nombreux autres dispositifs du même type se sont développés, reposant toutes sur les capacités de géolocalisation et de transmission instantanée des informations pour améliorer les opérations de surveillance et de traçage de l’épidémie. Le principe réside notamment dans le signalement des cas d’Ebola par les acteurs de terrain et les proches de patients : c’est notamment la logique d’EbolaTraker développée par IBM mais dont le coût de 2,99 dollars est un frein à son utilisation et suscite la défiance de certaines associations qui regrettent ce caractère "mercantile". Toujours dans le même ordre idée, on a assisté à la mise à disposition d’une ONG par Orange des données anonymisées de milliers d’abonnés au téléphone afin de faciliter l’échange d’informations. Dans d’autres cas, les associations utilisent ces nouvelles technologies pour envoyer des milliers de sms de sensibilisation ou pour recevoir en temps réel des informations sur les besoins des communautés (en termes de désinfection, traitement des corps ou encore plus simplement de denrées alimentaires) ; des sms souvent gratuits grâce à un système développé par IBM, à des compagnies de téléphonie mobiles locales et à des universitaires qui permet à des personnes vivant dans des zones à risque d’envoyer des messages non payants. La place centrale occupée par les « smartphones » dans la gestion de l’épidémie est telle que le coréen LG a envoyé plus de 2 000 téléphones en Afrique, bientôt imité par Samsung qui doit expédier 3 000 Galaxy S3 Neo aux hôpitaux des trois pays touchés dans le cadre d’un programme développé par l’ONU baptisé Humanitarian Connectivity Project.

L’humanitaire connectée au nouveau monde

Cette large utilisation des nouvelles technologies de communication montrent un nouveau visage de l’humanitaire qui s’est depuis plusieurs années converti à cette nouvelle ère, comme l’illustre par exemple l’utilisation par la Croix Rouge depuis trois ans d’un système proche de eHealth pour recenser les cas de paludisme. Cependant, face au déferlement de ces nouvelles technologies, l’attitude des organisations oscille entre enthousiasme, une certaine défiance (liée notamment à la crainte d’une trop faible utilité sur le terrain de dispositifs principalement développés pour des raisons commerciales) et une méconnaissance liée à une absence d’expertise.

Ebola et les escrocs du web

Mais l’autre versant de cette déferlante high tech entraînée par l’épidémie mortelle d’Ebola est la prolifération sur le web d’arnaques associées à cette maladie. C’est ainsi que l’on a vu fleurir dans de nombreuses boîtes mails un nouveau type de courriels d’escroquerie mettant en scène des victimes d’Ebola promettant de donner des millions de dollars à qui voudra bien leur communiquer ses données bancaires. Les sites internet colportant des fausses informations connaissent également des beaux jours sous l’ère de l’épidémie. « Les escrocs laissent rarement passer l’occasion de se servir d’événements très médiatisés pour capter l’attention des internautes et les convaincre de l’authenticité de leur message » commente à ce sujet Tanguy de Coatpont directeur général France et Afrique chez Kaspersky Lab cité par le Figaro.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Support des internautes OpenStreetMap

    Le 16 novembre 2014

    Merci pour cet excellent article. Intéressant de voir que le milieu médical s'intéresse à ces actions. Les quelques 2 000 contributeurs OpenStreetMap de plus de 100 pays contribuent à enrichir la carte OpenStreetMap. Nous offrons toutes ces données gratuitement y incluant sur appareils mobiles.
    Voir: https://wiki.openstreetmap.org/wiki/2014_West_Africa_Ebola_Response#Exporting_OpenStreetMap_data

    Google n'as pas d'intérêt économique en Afrique de l'ouest. Les cartes comparatives ci-dessous de Guéckédou et Monrovia illustrent bien la différence, avec tous les immeubles tracés sur OpenStreetMap. C'est une donnée essentielle en milieu urbain pour combattre une telle épidémie.
    http://pierzen.dev.openstreetmap.org/hot/leaflet/OSM-Compare-google.html#14/8.5568/-10.1243
    http://pierzen.dev.openstreetmap.org/hot/leaflet/OSM-Compare-google.html#15/6.3324/-10.7941
    Les applications mobiles sur le terrain c'est effectivement une percée importante d'abord aux Philippines en novembre 2013 et maintenant avec l'épidémie d'Ebola. Nous offrons sur notre site des exports de données mis à jour quotidiennement. Et rêvons au jour où les humanitaires contribueront eux-mêmes à enrichir la carte en y géolocalisant les infrastructures essentielles. Cela permettra d'avancer plus rapidement et de façon concertée.
    Pierre Béland
    Coordonnateur de la Réponse OpenStreetMap,
    Épidémie d'Ebola en Afrique de l'ouest

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