Effets des antioxydants en prévention primaire de la DMLA : tout est à revoir !

La dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA) est la première cause de perte sévère de l’acuité visuelle chez les plus de 50 ans dans les pays développés. Il s’agit essentiellement d’une atteinte de la vue centrale, qui se manifeste sous deux formes : la forme « sèche », liée à une atrophie de la macula, et la forme « humide » ou « exsudative » (15 à 20 % des cas), liée à des saignements des néo-vaisseaux dans l’espace sous-rétinien. La physiopathologie de la DMLA n’est pas encore clairement établie, l’âge avancé, certains marqueurs génétiques et le tabagisme étant les seuls facteurs de risque régulièrement rapportés. Actuellement, seules les formes exsudatives peuvent bénéficier d’une prise en charge (laser ou photothérapie).

Les antioxydants sont depuis longtemps considérés comme bénéfiques contre la progression de la maladie. Un important essai comparatif (age related eye disease study : AREDS) a montré que des doses élevées d’antioxydants étaient associées à une réduction (-28%) du risque de progression des formes intermédiaires vers les formes les plus sévères de DMLA. Cependant, leur efficacité dans la prévention primaire de la DMLA n’a pas encore été démontrée.

Une équipe formée par E Chong et coll. a donc réalisé une revue systématique de la littérature et une méta-analyse pour évaluer l’efficacité des antioxydants dans la prévention primaire de la DMLA. Au total, 12 études, dont 8 essais prospectifs de cohorte et 3 essais randomisés, ont été retenus. Sur un total de 149 203 patients inclus, 1 878 cas de DMLA précoce sont survenus au cours du suivi (1,25 %). Les résultats poolés à partir des essais prospectifs ont montré que la vitamine A, la vitamine C, la vitamine E, le zinc, la lutéine, la zéaxanthine, l’alpha-carotène, la bêta-carotène, la bêta-cryptoxanthine et le lycopène n’avaient que peu ou pas d’influence face à  l’apparition d’une DMLA. De même, les 3 essais randomisés n’ont pas montré d’effet préventif de la supplémentation en antioxydants contre la survenue de la DMLA.

D’après ces travaux, même s’ils peuvent être bénéfiques contre la progression et l’aggravation de la DMLA, l’intérêt des antioxydants en prévention primaire de la DMLA paraît moins clair, notamment dans les populations occidentales dont le régime alimentaire n’est pas carencé. Le tabagisme reste donc le seul facteur de risque modifiable en prévention primaire de la maladie…

Dr Khodor Chatila

Référence
Chong E et coll. : "Dietary antioxidants and primary prevention of age related macular degeneration: systematic review and meta-analysis." BMJ 2007, 2007; 335:755

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