Effets du G-CSF chez les donneurs sains de cellules souches hématopoïétiques périphériques : l’expérience espagnole

Les greffes de cellules souches hématopoïétiques allogéniques sont réalisées beaucoup plus fréquemment avec des cellules souches mobilisées dans le sang périphérique (CSP) par le G-CSF qu’avec des cellules souches médullaires prélevées à la source. Les effets indésirables et les risques à court terme du G-CSF sont bien connus, mais la sécurité d’emploi à long terme du G-CSF chez ces donneurs ne l’est pas. L’Espagne a mis en place en 1998 un registre national regroupant 23 centres avec pour objectif, entre autres, l’analyse des effets secondaires du G-CSF à court et long terme. Ce registre prévoit non seulement le bilan et la visite médicale obligatoires préalables à tout don, mais également une surveillance clinico-biologique post don après 4 à 6 semaines puis une fois par an pendant 5 ans. Ainsi, 1 436 donneurs ayant subi 1 538 mobilisations ont été inscrits dans ce registre entre janvier 1998 et décembre 2006.

Les données concernant les effets indésirables à court terme du G-CSF sont disponibles pour 82 % des dons et les effets indésirables rapportés incluent douleurs osseuses et myalgies (90 % des donneurs), céphalées (33 % des donneurs), et moins fréquemment, fièvre, nausées, vomissements, asthénie, insomnie (> 10 % des donneurs pour chacun de ces symptômes). Ces symptômes disparaissent dans les 7 jours après l’arrêt du G-CSF. Parmi les événements indésirables à court terme beaucoup plus rares, il faut noter 2 donneurs avec crise de goutte et hyperuricémie et un donneur avec rupture de rate ayant nécessité une splénectomie en urgence.

Concernant les effets indésirables à moyen et long terme, les données sont malheureusement moins complètes puisque seulement 736 des 1 436 donneurs ont eu au moins une visite de suivi post don. Seulement 320 donneurs ont un suivi d’au moins 2 ans. Les auteurs notent une leucocytose et un taux d’hémoglobine significativement abaissés dans les semaines post don, mais les valeurs restent dans la norme. Seulement 3,5 % des donneurs ont eu une leucopénie < 3 500/mm3 dans les semaines post don mais il n’est donné aucun détail sur la formule sanguine (neutropénie ? lymphopénie ? grade ?). Les auteurs notent également un taux de plaquettes significativement plus élevé dans les semaines post-don : 247 000/mm3 en médiane contre 240 000/mm3 avant don … ! Aucune variation biochimique significative n’a été notée (glycémie, bilan rénal, uricémie et bilan hépatique). Cinq des 736 patients ont développé un cancer post don (0,68 %) : 2 carcinomes pulmonaires (donneur fumeurs), un cancer du côlon chez un donneur ayant été traité pour maladie de Hodgkin 16 ans avant le don, un cancer de la thyroïde et un mélanome. Ce taux ne semble pas différer de celui de la population générale espagnole. Aucune hémopathie maligne chez les donneurs n’a été rapportée à ce jour dans ce registre.


Il faut saluer l’effort des Espagnols car on le voit bien, un registre de suivi des donneurs sains n’est pas simple : nombre d’entre eux n’ont pas eu de visite de suivi (pourquoi ? refus, oubli, non transmission des données quand la visite de suivi est effectuée par le médecin généraliste et non le centre préleveur ?) et parmi les donneurs ayant été suivis post-don, tous n’ont pas eu la visite annuelle prévue initialement. Dans cette étude et avec ces réserves, le G-CSF ne semble pas poser de problèmes à moyen terme. Faut-il suivre les donneurs plus longtemps ? Cela serait intéressant mais le risque est que le nombre de donneurs perdus de vue soit encore plus important avec le temps qui passe.

Dr Delphine Rea

Référence
De la Rubia J et coll. : Follow-up of healthy donors receiving granulocyte-colony stimulating factor for peripheral blood progenitor cell mobilization and collection. Results of the Spanish donor registry. Haematologica. 2008; 93: 735-740.

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