Effets favorables sur la survie du dépistage du cancer de la prostate : une histoire de nez de chameau ?

Le dépistage du cancer de la prostate (KP) par le dosage de l’antigène spécifique de la prostate (PSA) s’est très largement répandu depuis 25 ans avec pour conséquences la découverte de lésions de plus en plus petites, mais il n’est pas certain que ceci ait amélioré la survie.
Si la mortalité liée au KP a d’abord semblé croître après la mise en route du dépistage, elle a diminué aux États-Unis de 4 % par an entre1994 et 2001. Mais il convient de prendre en compte l’effet dit du « nez du chameau », en référence à l’histoire du méhariste arrivé dans une oasis, dont il craint la froidure nocturne et qui demande à un bédouin l’autorisation de réchauffer partiellement son animal en le laissant poindre au moins le nez  dans sa tente, puis progressivement il introduit dans l’abri la tête et enfin le corps du ruminant. De même, il est possible que le dosage du PSA soit l’occasion d’un premier contact avec le système de soins, qui induise une cascade d’autres examens cliniques (par exemple prise de la tension artérielle) et paracliniques, aboutissant à la découverte d’autres pathologies et à d’autres mesures thérapeutiques ; ceci expliquerait que certains malades chez lesquels un KP a été dépisté aient une survie supérieure à une population témoin, indemne de KP.

RM Walsh et IM Thompson ont suivi 174 anciens combattants opérés de prostatectomie radicale entre 2001 et 2004 en notant attentivement les pathologies associées et les traitements, initiés depuis la découverte du KP. Parmi eux, 10 seulement (6 %) ont paru avoir eu leur premier contact avec l’hôpital à l’occasion de l’élévation de leur taux de PSA ou de leur KP.

En revanche pour 125 hommes (72 %) la prise en charge médicale a été radicalement modifiée : nouveaux traitements, nouvelles médications, nouveau diagnostic. Ils ont subi des examens sans rapport avec la simple préparation opératoire : ainsi 24 (14 %) ont subi une scintigraphie cardiaque, un examen au thallium ou un test d’effort, et 23 (13 %) un traitement sans relation avec le KP (cholécystectomie, cathétérisme cardiaque, cure de hernie, pontage coronaire, etc.).

Ainsi le cancer de prostate semble-t-il être souvent l’arbre qui cache la forêt, pour utiliser une locution plus végétale que celle du nez du mammifère ongulé du désert.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Walsh RM and Thompson IM. : “Prostate cancer screening and disease management: how screening may have an unintended effect on survival and mortality—The camel’s nose effect.” J Urol., 2007 ; 177 : 1303-6.

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Vos réactions (3)

  • "Effets favorables sur la survie du dépistage du cancer de la prostate : une histoire de nez de chameau ?"

    Le 05 octobre 2007

    LE NEZ DU CHAMEAU
    Un peu, mais pas trop...
    Une nuit froide, alors qu'un touareg était couché dans sa tente, son chameau introduisit gentiment son nez sous le battant et regarda en disant: "Maitre, laissez-moi seulement mettre mon nez dans la tente. Il fait froid et tempête dehors."
    "Certainement et bienvenue" dit le maitre en se retournant et s'endormant de nouveau,
    Un peu plus tard, le touareg se réveilla pour constater que le chameau avait non seulement mis son nez dans la tente mais aussi sa tête et son cou.
    Le chameau, retournant sa tête, dit : Je vais prendre juste un peu plus d'espace si je place mes pattes de devant dans la tente. C'est difficile de rester dehors."
    "Oui, tu peux entrer tes pattes de devant," dit le maitre, se déplaçant un peu pour laisser de la place, car la tente était petite.
    Finallement, le chameau dit, "Puis-je entrer complètement à l'intérieur ? Je garde la tente ouverte en me tenant comme je le fais."
    Oui, oui, dit le maître, entre complètement à l'intérieur. Ce sera peut-être mieux pour nous deux."
    Alors le chameau s'entassa à l'intérieur. Le touareg réussit difficilement à se rendormir dans ce cantonnement encombré. Lorsqu'il se réveilla de nouveau, il était dehors au froid et le chameau avait la tente pour lui tout seul.

    José Guiserix


  • "Effets favorables sur la survie du dépistage du cancer de la prostate : une histoire de nez de chameau ?"

    Le 05 octobre 2007

    Le nez de chameau... Dans un tout autre ordre d'idées,
    permettez moi de rappelez que pour Francis Blanche et Pierre Dac, "la sodomie est un traitement efficace certes mais empirique de l'occlusion intestinale basse." Si on parait assez loin du sujet, on peut néanmoins convenir du fait que la prévention du KP reste le seul moyen connu d'avoir une certaine efficacité sur une maladie qui tue. Après, savoir si l'on a bien fait de traiter immédiatement .... Quels sont les bons cas, les moins bons, etc, ça se complique. Les urologues sont semble t'il en désaccord avec les épidémiologistes et les spécialistes de santé publique. Pour ma part, j'envoie plus facilement mon patient à l'un qu'à l'autre. j'ai sans doute encore beaucoup à apprendre dans ce domaine comme dans tant d'autres.

    Yves Giran

  • "Effets favorables sur la survie du dépistage du cancer de la prostate : une histoire de nez de chameau ?"

    Le 06 octobre 2007

    Vous oubliez simplement deux faits prouvés : ce dépistage ne joue pas sur la mortalité globale de ce cancer mais est grevé par contre d'une morbidité notable (impuissance et incontinence...)du fait des traitements "radicaux". Quant à l'argument du bienfait des thérapies mises en route lors du KP, pour d'autres choses, on rêve devant une telle argumentation pour le moins spécieuse! Pourquoi ne pas proner alors aussi des dosages de thyrocalcitonine pour la détection des K médullaires de la Thyroïde, liste non limitative !!! On découvrirait bien quelques diabètes et HTA...

    C.Lamy, Médecin, 85.

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