EHPAD : une participation difficile à évaluer mais une mobilisation généralisée

Paris, le mercredi 31 janvier 2018 – Aux dissensions habituelles entre syndicats et pouvoirs publics quant à l’évaluation du taux de participation à une grève, s’ajoutent des difficultés propres dans le milieu médical liées aux fréquentes réquisitions et à la réticence des personnels, en dépit de leur conviction, à accompagner des mouvements potentiellement dommageables pour leurs patients. Dans les Établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD), la diversité des statuts des structures et des personnels accentue un peu plus la complexité du recensement. De même, concernant l’ampleur des manifestations, face à des personnels plus enclins parfois à défiler sous les fenêtres de leur établissement plutôt qu’au point de ralliement fixé par les syndicats, le décompte est également ardu. Autant d’éléments qui expliquent aujourd’hui combien il est difficile de déterminer l’ampleur de la mobilisation d'hier dans les EHPAD, dont les personnels étaient appelés à la grève par une intersyndicale formidablement unie et soutenue par les représentants des directeurs.

Plus de 5000 personnes dans les rues en province

Au-delà de la satisfaction affichée par les syndicats et de quelques messages triomphants sur Twitter, la participation pourrait avoir, en fait, été un peu décevante ; les cortèges dans les villes de province n’étaient notamment pas toujours aussi gonflés qu’attendus. On évoque cependant jusqu'à 5000 personnes dans les rues de dizaines de villes en France, de Nantes (600 manifestants) à Strasbourg (500 personnes) en passant par Marseille (entre 100 et 200) et Limoges (200 et 300) : on le voit la participation ne reflète pas nécessairement l'importance des villes mais témoigne des différences de la structuration de l'offre d'accueil des personnes âgées. À Paris, ce sont également plusieurs centaines de personnes qui ont défilé aux alentours du ministère de la Santé (notamment) pour réclamer une "dignité" retrouvée pour les personnels et les patients. Concernant le nombre de grévistes, des taux par établissements circulaient sur Twitter et variaient considérablement pouvant aller de 0 à plus de 80 % de grévistes !

La mauvaise conscience d'Agnès Buzyn

Mais au-delà de la mobilisation réelle, les syndicats ont sans doute gagné la guerre médiatique, quand les EHPAD constituent souvent un sujet oublié, uniquement évoqué à la faveur de scandales ponctuels. Ainsi les personnels ont pu bénéficier d'un soutien politique extrêmement large allant de la France Insoumise aux Républicains. De gauche à droite, est exprimé le même sentiment qu'en dépit des paroles de compréhension d'Agnès Buzyn et de la reconnaissance de la longue sous estimation des problèmes, le gouvernement n'a pas pris la mesure des enjeux. Les sommes supplémentaires promises sont notamment considérées comme une façon de se racheter une bonne conscience en faisant l'économie d'une réflexion en profondeur sur le système, à la manière de ceux qui sans aller voir leurs aînés se contentent de quelques chèques, comme le remarque l'éditorial du Monde.

Des pistes publiées

Pourtant, outre éventuellement une révision de la si redoutée réforme tarifaire (à propos de laquelle les centristes de l'UDI réclament un moratoire), des pistes existent. La Fédération nationale des infirmières (FNI) fait remarquer combien les infirmières libérales pourraient être un appui salutaire pour répondre à la crise dénoncée. Le syndicat remarque notamment dans un communiqué publié cette semaine : « Le décret du 30 décembre 2010 relatif à l'intervention des professionnels de santé exerçant à titre libéral dans les EHPAD a rendu obligatoire la signature d'un contrat type entre le directeur de l'EHPAD et les professionnels de santé libéraux (...). Or, à ce jour seuls les arrêtés fixant les contrats types pour les médecins libéraux et les masseurs kinésithérapeutes ont été publiés » regrette la FNI. Difficile de ne pas y voir une forme d'inconscience quant aux besoins du système. Il semble également urgent de repenser le quota d'agent par résident qui atteint 0,6 en France (mais qui est moitié moindre dans certains établissements) alors qu'il dépasse les 1,2 agent par personne de l'autre côté de la frontière suisse !

Ce n'est qu'à l'issue de l'ensemble de ce travail de réflexion que pourront enfin être entendues les attentes concernant la bien-traitance. En dépit des déclarations d'intention, une maltraitance insidieuse s'est en effet installée, en partie (mais probablement pas seulement) liée aux contraintes économiques et d'effectifs et qui se manifeste par exemple par l'absence de toilette ou le refus d'aide pour certains gestes du quotidien. L'argent et le nombre de personnels ne sont pas seuls en cause « Il y a aussi un gros travail de formation à faire. Certaines aides ménagères se retrouvent parfois à faire des soins, à la place des aides-soignantes, sans aucune qualification. Il faudrait aussi repenser la place du résident dans l'établissement. Un soignant qui entre sans frapper dans une chambre et laisse la porte ouverte pendant les soins c'est déjà une forme de maltraitance » fait remarquer dans Ouest France le docteur Alain Masclet, président de l'association Amélioration des relations soignants-soignés (AR2S). Après la mobilisation d'hier, un long travail attend désormais l'ensemble des acteurs, ministère de la santé en tête.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Action

    Le 24 février 2018

    Il existe un compte facebook sur lequel maintenant tout soignant peut proposer des solutions au gouvernement pour améliorer notre système de santé (éviter les dysfonctionnements, faire des économies, être plus efficace,...). Il s'agit du compte "courage colere", demandez à être ami puis proposer ensuite vos idées qui seront relayées...

    Benoit Lahure

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