Enfants nés après modification embryonnaire par CRISPR-Cas 9 : des précisions inquiétantes

Pékin, le mercredi 4 décembre 2019 – Elles viennent de fêter leur premier anniversaire. Mais on ne sait rien de plus sur elles, notamment sur leur état de santé et sur leur éventuelle séropositivité. Le mystère demeure autour du sort des jumelles nées en novembre dernier en Chine après modification embryonnaire par CRISPR Cas-9.

Séisme en novembre 2018

Il y a un an, He Jiankui jeune chercheur chinois (ayant étudié la biologie et la génétique au sein des universités Rice et Stanford) détaillait dans une vidéo postée sur sa chaine Youtube les travaux conduits par ses soins. Sept couples sérodifférents (les hommes étaient séropositifs pour le VIH et les femmes séronégatives) ont été recrutés et intégrés dans un programme de Fécondation in vitro (FIV). Vingt-deux embryons ont été obtenus. Seize d’entre eux ont été modifiés par nucléases, de type CRISPR avec pour cible le gène CCR5 situé sur le chromosome 3. L’inactivation de ce gène a en effet été identifiée comme conférant une protection vis-à-vis de l’infection par le VIH. Onze embryons ont été réimplantés et pour deux implantations la grossesse a pu être menée jusqu’à son terme. Et des jumelles sont nées dont les pseudonymes sont Lulu et Nana.

Protestations éthiques

L’annonce de cette expérience a suscité un vent de contestation au sein de la communauté scientifique. Il concernait notamment le caractère non éthique d’une expérience menée alors qu’il existe encore de nombreuses inconnues autour des conséquences de CRISPR-Cas9 dont la spécificité est loin d’être maîtrisée. Par ailleurs, beaucoup se sont interrogés sur l’indication choisie alors qu’il existe aujourd’hui des méthodes fiables pour éviter la transmission du VIH à l’enfant à naître.

Des travaux imparfaits

Ce choix pourrait être lié à des questions de recrutement : les couples concernés par la séropositivité rencontrent en Chine d’importantes difficultés pour accéder aux programmes d’Assistance médicale à la procréation. En acceptant de participer à cette expérience controversée, les couples volontaires ont pu dépasser ces obstacles souvent quasiment irréfragables. C’est un des enseignements d’un article qui vient d’être publié par la MIT Technology Review consacrée aux jumelles. Cette enquête propose également de larges extraits d’un manuscrit signé par He Jiankui probablement en vue d’une publication scientifique. Ce texte confirme les doutes exprimés par beaucoup de spécialistes : il apparaît en effet que les chercheurs n’ont pas réussi à reproduire la mutation du gène CCR5 visée. Les modifications obtenues sont comparables mais pas identiques, laissant donc un doute sur la protection des petites filles. Par ailleurs, des éléments présentés en annexe révèleraient que d’autres mutations ont été induites par le recours à CRISPR-Cas9 dont les conséquences ne sont pas aujourd’hui connues. Ces données ne pourront que conforter ceux qui, comme Jennifer Doudna, qui avec Emmanuelle Charpentier a contribué à l’identification de cette nouvelle technique d’édition du génome, plaident pour un meilleur encadrement de l’utilisation de cette méthode.  

Aurélie Haroche

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