Epeautre, viande de bouquetin et fougères : qui se délecta de ce menu ?

Senales, le samedi 28 juillet 2018 - S’il s’était présenté dans le cabinet d’un généticien ou d’un cardiologue féru de génétique, il se serait peut-être légèrement fait sermonner. En lui exposant les résultats de l’analyse de son ADN nucléaire, le médecin lui aurait signalé sa prédisposition génétique à l’athérosclérose et aux maladies cardiovasculaires, contre-indiquant son régime riche en graisses. Eventuellement venu pour évoquer son infection par la bactérie Borrelia burgdorferi (déjà à l’époque !) ou pour se plaindre de douleurs d’estomac (liées à des trichines), il aurait peu goûté ces recommandations diététiques.

40 % de graisses

Ainsi, n’écoutant pas son hypothétique diététicien du futur, le dernier jour, il se rassasia de viande de bouquetin et de cerf, en avalant des tranches crues et séchées, qu’il associa à de l’épeautre et à d’autres tissus graisseux. Ajouta-t-il volontairement des fougères toxiques, une fois encore dans l’espoir de mettre fin aux désagréments provoqués par des trichines ou ne s’agissait-il que de résidus (déjà à l’époque bis) liés à l’emballage des mets dans des fougères de l’espèce Pteridium aquilinum ? Sur ce point, les discussions sont encore ouvertes.

Momie naturelle

Lui, c’est Otzi. Un homme qui fascine de multiples équipes de chercheurs depuis 1991. A 3 210 mètres d’altitude, dans le val de Senales en Italie, des marcheurs allemands identifient le 19 septembre de cette année-là ce qui semble être un homme congelé. La fonte du glacier en cet été brûlant (déjà à l’époque ter) a révélé cette momie naturelle. Immédiatement, Otzi (ainsi baptisé parce qu’il a été découvert dans les Alpes de l’Otztal) séduit les anthropologues du monde entier. Les investigations se multiplient pour découvrir les mystères de cet homme de 45 ans ayant vécu il y a 5 000 ans et qui a probablement péri tué par une flèche.

Un repas bien adapté aux conditions environnementales

Les révélations les plus récentes sur Otzi concernent donc son dernier repas, dont le détail est livré par l’équipe de Justyna Miszkiewicz (maître de conférences en anthropologie biologique à l’Université nationale australienne) dans la revue Current Biology. « Ces découvertes sont une grande avancée pour mieux comprendre l’histoire de l’Humanité. Elles nous permettent de comprendre qu’Iceman (un autre surnom d’Otzi, ndrl) savait faire bon usage des graisses, de la viande et des céréales pour évoluer en haute altitude et supporter des températures très froides. C’est une preuve supplémentaire de la capacité d’adaptation de l’espèce humaine » s’enthousiasme la chercheuse.

Estomac baladeur

Mais pourquoi alors que les investigations ont déjà été si nombreuses sur Otzi a-t-il fallu patienter si longtemps pour connaître la composition exacte de son dernier repas ? Le déplacement de son estomac au cours du processus de momification explique en grande partie ce retard : plusieurs années ont été nécessaires avant la localisation précise de cet organe d’Otzi. Cependant, avant que son contenu puisse être très précisément analysé, la richesse en protéines de son régime et sa contamination par différentes bactéries avaient déjà été révélées.

Aurélie Haroche

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