Espagne : combat judiciaire autour du maintien en vie d’une femme handicapée

Madrid, le lundi 15 juillet 2019 - Un tribunal espagnol a ordonné ce jeudi le maintien en vie de Maria Teresa Blanco, une femme atteinte d’une maladie neurodégénérative que les médecins ne voulaient pas maintenir en vie. Une histoire qui fait écho à l’affaire Vincent Lambert.

En France, l’affaire Vincent Lambert s’est terminée, après six ans de bataille judiciaire, par la mort du patient, les médecins et la justice ayant fait le choix de l’arrêt des soins. En Espagne, dans une affaire similaire, même si les deux cas ne sont évidemment pas entièrement comparables, la justice a fait le choix du maintien en vie. Le tribunal d’Alcala de Henares, près de Madrid, a en effet ordonné ce jeudi que Maria Teresa Blanco soit réanimée en cas d’arrêt cardio-respiratoire.

Cette femme est atteinte d’une maladie neuro-dégénérative depuis 20 ans. Lourdement handicapée, victimes de plusieurs arrêts cardio-respiratoires, elle est actuellement prise en charge à l’hôpital Principe de Asturias. Il y a une semaine, l’équipe médicale avait annoncé à sa famille qu’en cas de nouvel arrêt cardiaque, elle ne tenterait pas de réanimer la patiente, considérant que cela relèverait de l’acharnement thérapeutique. Une décision approuvée par l’Ordre des médecins espagnol. « Lorsqu’il s’agit de mesures extraordinaires qui engendrent un niveau élevé de souffrances chez le patient sans qu’aucun résultat ne soit garanti, notre code de déontologie nous enjoint de ne pas les mettre en œuvre », a expliqué Juan José Rodriguez Sendin, président de l’Ordre des médecins.

Mais la famille de Maria Teresa Blanco s’est opposée à cette décision. Selon eux, ne pas réanimer la patiente reviendrait à pratiquer une euthanasie passive. Ils dénoncent une décision motivée uniquement par des raisons budgétaires, les soins de Maria Teresa Blanco ayant un coup très élevé. La justice leur a donc donné raison ce jeudi. Le juge a décidé que la patiente «présentant une évolution clinique favorable, il n’existe pas de raison ou de justification, strictement médicale, pour cesser d’appliquer le traitement ». Polonia Castellanos, la président de l’association Abogados Cristianos (Avocats chrétiens) qui vient en aide à la famille Blanco, s’est réjoui de cette décision : « seule la vie est défendable, on ne peut pas commencer à légiférer sur la façon légale de tuer ».

Le débat sur l’euthanasie et la fin de vie est récurrent en Espagne. Il y a deux mois, la question avait ressurgi à l’occasion de l’affaire Maria José Carrasco : un homme avait empoisonné sa femme atteinte de sclérose en plaques à sa demande et avait filmé la scène pour prouver le consentement de son épouse. Au niveau politique, le parti conservateur a déjà affiché son soutien à la famille Blanco. A l’inverse, les socialistes et leurs alliés centristes de Podemos, actuellement au pouvoir, souhaitent légiférer sur la question en autorisant notamment la sédation profonde, comme c’est le cas en France.

Q.H.

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Vos réactions (1)

  • situation assez différente du cas de V.Lambert

    Le 16 juillet 2019

    pour autant qu'on puisse en juger, en se fondant sur les informations données ici : le refus de réanimer cette patiente en cas de nouvel arrêt cardiaque ne poserait a priori aucun problème légal en France. Cela entrerait clairement dans le cadre de la loi Leonetti qui vise à éviter l'acharnement thérapeutique ou l'obstination déraisonnable, comme on voudra. On peut admettre qu'un arrêt cardiaque serait une "bonne façon de partir" (désolé si ça choque) pour une personne dans l'état qu'on nous décrit ici, et que ce ne serait pas lui rendre service que de tenter de la réanimer ; ce n'est même pas de l'euthanasie passive, c'est plutôt me semble-t-il du bon sens et de l'humanisme.
    En tout cas ça ne poserait pas de problème en France, mais ça en pose en Espagne, comme quoi les sociétés n'évoluent pas à la même vitesse dans tous les domaines, en bien comme en mal : les Espagnols sont beaucoup plus "compréhensifs" que nous pour ce qui est de la PMA mais plus restrictifs par rapport à l'acharnement thérapeutique. Ce n'est surtout pas à nous de leur donner des leçons, à eux en tant que peuple souverain de régler cela comme ils l'entendent.
    Le cas de V. Lambert était radicalement différent, en dépit de toutes les tentatives d'enfumage dont il a été l'objet : il s'agissait aussi d'une personne lourdement handicapée sur le plan neurologique (c'est la seule similitude) sur laquelle a été pratiquée une euthanasie active, la méthode retenue ayant été celle de la privation d'apports hydriques jusqu'à ce que mort s'ensuive. Cette méthode peut sembler barbare, et elle l'est, même si on cherche tant bien que mal à en atténuer l'horreur en lui associant une "sédation profonde" (et désolé pour mes contradicteurs, mais je n'ai toujours pas compris pourquoi un "légume" comme ils disaient si élégamment avait besoin d'être sédaté, puisqu'il ne ressentait rien, par définition…), mais fallait en passer par là pour lui donner une apparence de conformité à la loi française, qui interdit encore (pour combien de temps?) l'euthanasie active, quitte à tordre quelque peu la loi Leonetti.
    Que de tartufferie, messieurs dames…

    Dr Jean-Marc Ferrarini

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