Est-il possible d’agir sur le microbiote intestinal pour réduire le risque d’allergie ?

Le microbiote intestinal constitue l’ensemble microbien le plus important de l’organisme (100 000 milliards de micro-organismes, au moins 500 espèces différentes). Son influence sur le développement des maladies allergiques est de mieux en mieux cernée, et quelques mesures favorisant sa préservation ont fait l’objet d’une communication lors du CFA.

Il est possible désormais de mesurer les perturbations induites par nos modes de vie, notre environnement, nos régimes alimentaires ou nos pratiques médicales sur la composition du microbiote intestinal. Il a été démontré que l’impact de ces perturbations (dysbioses) est d’autant plus important qu’elles surviennent précocement, dès la colonisation de l’intestin du nouveau-né par les micro-organismes. Par ailleurs, comme l’a souligné le Dr Stéphane Hazebrouck, il est possible d’entreprendre des interventions préventives pour limiter les perturbations, voire d’intervenir directement sur la composition du microbiote.

Limiter les facteurs de dysbiose

La naissance par césarienne, qui est associée à un doublement du risque d’allergie alimentaire, est un facteur précoce de dysbiose. Le microbiote des enfants nés par césarienne est constitué majoritairement de bactéries cutanées, alors que celui des enfants nés par voies naturelles comprend presque exclusivement des bactéries vaginales et fécales de la mère.

Éviter les césariennes de confort est la première mesure utile. L’ensemencement vaginal, qui consiste à transférer les sécrétions vaginales de la mère vers l’enfant, pourrait en être une autre. La technique est toutefois encore en cours d’évaluation.

L’hypothèse hygiéniste soutient que le dérèglement de nos relations avec les bactéries commensales (amélioration de l’hygiène, antibiothérapies) serait responsable d’une maturation déficiente du système immunitaire. Pour le Dr Azebrouck, il est toutefois encore difficile d’affirmer le rôle protecteur du milieu rural. En revanche, la proximité avec les animaux de la ferme protègerait les enfants de l’allergie, ce qui suggère une éventuelle efficacité d’un « effet mini-ferme », par mise en contact des enfants avec des animaux. Cette efficacité reste toutefois à démontrer en milieu très urbain.

Il est certain en revanche que les traitements antibiotiques en période néo-natale ont un impact sur le risque d’allergie. La prise de probiotiques ou de charbon activé pendant les traitements pourrait contribuer à la préservation de la composition du microbiote. Les traitements anti-acides seraient un autre traitement responsable de dysbiose, à utiliser avec parcimonie chez le très jeune enfant.

Concernant l’alimentation, si l’allaitement maternel est le meilleur moyen d’agir sur le microbiote intestinal, il n’est pas certain qu’il s’agisse de la meilleure arme contre l’allergie. En revanche, l’effet bifidogénique des HMOs (Human Milk Oligosaccharides), contenues à de fortes concentrations dans le lait maternel, a été prouvé. Pour les enfants ne pouvant être allaités, l’intérêt se porte actuellement vers de nouvelles formules enrichies en probiotiques et prébiotiques, dans le but d’enrichir la flore intestinale en bifidobactéries.

Plus tard, la diversification alimentaire accélère la maturation du microbiote. Elle introduit des fibres alimentaires, fermentées par de nouvelles bactéries et de nouvelles protéines qui contribuent à l’éducation du système immunitaire et à l’induction de la tolérance. Les fibres sont digérées en Acides Gras à Chaîne Courte (AGCC), dont certains ont démontré leur rôle dans la prévention de l’allergie.

Probiotiques et prébiotiques : de la dermatite atopique à l’allergie alimentaire

Le Dr Hugues Piloquet a pris ensuite la parole pour faire le point sur l’utilité des probiotiques et des prébiotiques dans la prévention des allergies alimentaires.

On ne compte plus les études concernant les effets de ces produits sur l’allergie mais leurs résultats sont parfois contradictoires ou mitigés. 

- De nombreux travaux montrent l’effet immunomodulateur de certains probiotiques et l’utilisation de prébiotiques (Fructo-oligosaccharides [FOS] et galacto-oligosaccharides [GOS]) dans les formules infantiles laisse espérer une action immunomodulatrice de celles-ci.
- Selon une étude menée en 2009 sur des enfants âgés de moins de 6 mois nés par césarienne, la correction de la dysbiose par des probiotiques réduit le risque d’allergie jusqu’à l’âge de 5 ans, mais pas sur la totalité de la cohorte, suggérant l’existence de groupes à risque.
- Une autre étude montre que les prébiotiques diminuent de 50 % le risque de dermatite atopique. Cet effet est confirmé par une méta-analyse (réalisée en 2007) qui met en évidence une réduction de 30 % du risque, mais ne retrouve pas d’impact sur le risque d’allergie alimentaire.

Une efficacité à démontrer

Les résultats contradictoires sur l’effet des pro/prébiotiques sur l’allergie alimentaire n’ont pas permis jusqu’à présent l’élaboration de recommandations internationales concernant leur utilisation systématique en prévention chez tous les enfants. Ils pourraient toutefois avoir une action préventive sur certains groupes à risque, notamment pour la prévention de l’eczéma chez les enfants ayant des antécédents familiaux, ou pour la prévention de l’allergie alimentaire chez les enfants nés par césarienne. Enfin, des études suggèrent que les pro/prébiotiques pourraient être facilitateurs de l’induction de la tolérance dans l‘allergie aux protéines de lait de vache et à l’arachide.

De nombreux travaux sont en cours sur les liens entre les dysbioses et les maladies allergiques. L’augmentation de l’incidence des allergies leur donne toutes leurs raisons d’être. Nul doute que les années à venir seront encore riches d’innovations.
 

Dr Roseline Péluchon

Références
Hazebrouck S : Interactions entre microbiote intestinal et allergie. Piloquet H : Les pré-probiotiques : utilité ou non dans l’allergie alimentaire ? Symposium : « Microbiote et allergie : déjà une place dans l’ETP ? » 14e Congrès Francophone d’Allergologie (Paris) : 16-19 avril 2019.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Une précsion souhaitée

    Le 09 mai 2019

    Ok pour les Fos comme prébiotique
    L’article omet de dire quel type de probiotique et quelle souche !

    Dr Hervé Monin

Réagir à cet article