Etiquetage nutritionnel : et le gagnant est… Nutri Score (ou presque)

Paris, le mercredi 15 mars 2017 – Le feuilleton de l’étiquetage nutritionnel que nous suivons depuis plusieurs années sur le JIM connaît aujourd’hui un épisode essentiel : le gouvernement a dévoilé le système d’information dont il recommande très fortement l’utilisation. Il s’agit du logo Nutri Score, mis en place par une équipe de chercheurs de Paris XII-Inserm, dirigée par le professeur Serge Hercberg, père du Programme national nutrition santé (PNNS). Ce choix n’étonnera guère ceux qui connaissent les résultats publiés dans de nombreuses revues concernant ce dispositif, mais intervient cependant après de multiples rebondissements.

Nutri Score : un parcours semé de quelques embûches

Nutri Score, qui comporte cinq couleurs, et qui permet de déterminer entre deux aliments du même type, celui qui présente les meilleures qualités nutritionnelles, paraissait devoir s’imposer à l’heure où élaborant son projet de loi de santé, le ministre de la Santé fit de l’harmonisation de l’étiquetage des aliments sa priorité.

Cependant, certaines voix se firent entendre pour remettre en cause ce système d’information. Au sein de certains grands groupes agroalimentaires, on considérait en effet que Nutri Score participe à une certaine « stigmatisation » des aliments. Une nouvelle expérimentation en conditions réelles fut donc demandée. Malgré les protestations d’un très grand nombre de sociétés savantes médicales (et des promoteurs de Nutri Score) mettant en garde contre un nouveau retard dans la mise en place de l’étiquetage, ce test grandeur nature a été réalisé au cours de l’automne dernier. Les tensions entre les partisans des différents systèmes ne s’apaisèrent pas. Deux scientifiques membres de l’équipe à l’origine de l’établissement du logo Nutri Score prirent même l’initiative (indépendante de l’INSERM) d’affirmer que leur dispositif ne bénéficiait pas de la même exposition que les autres. Aujourd’hui, les résultats de l’étude semblent restreindre la portée de telles accusations.

Quand le doute s’instaure

Parallèlement à ces querelles et à des suspicions fortes concernant des conflits d’intérêts au sein du comité organisateur de l’expérimentation, les interrogations persistaient quant à l’efficacité d’un étiquetage sur les comportements d’achat des consommateurs. Ainsi, il y a quelques semaines, l’Agence nationale d’évaluation en santé (ANSES) a estimé qu’aucun des logos à l’étude ne permet réellement de jouer sur le poids des maladies chroniques associées à l’alimentation. Ce jugement a été contesté par d’autres autorités, tel le Haut conseil de la santé publique (HCSP) estimant qu’une telle affirmation était impossible à produire, au vu des données disponibles.

La supériorité de Nutri Score démontrée

C’est donc après ces multiples polémiques et rebondissements que Nutri Score est finalement consacré comme le système offrant les meilleurs résultats. Les conclusions détaillées de l’expérimentation ne sont pas encore toutes connues, mais le ministre de la Santé cite déjà : « La première question […] était de savoir si, oui ou non, des systèmes d’étiquetage nutritionnel simplifié étaient susceptibles d’entraîner des modifications dans les comportements d’achat des consommateurs. La réponse est clairement oui. Trois des systèmes testés (Nutri-Couleurs, Nutri-score et SENS) ont sans ambigüité un effet positif au regard du critère qu’a retenu le comité scientifique, à savoir le score FSA [1] » (Food Standard Agency). Dans un second temps, « la combinaison d’approches multiples explorées systématiquement (par catégories de produits, d’acheteurs, etc.) fait apparaître une supériorité d’ensemble assez nette pour Nutri-Score […]. Cet avantage de Nutri-score est plus marqué encore lorsqu’on observe spécifiquement le comportement des consommateurs qui achètent les produits les moins chers. […] Au regard de l’ensemble de l’étude, Nutri-Score apparaît donc comme le système le plus efficace », indique le ministère.

Etiquetage facultatif

Fort de ces résultats, le ministère de la Santé prendra en avril un arrêté permettant aux industriels d’apposer ce logo. Cependant, le dispositif reste facultatif ; la législation européenne empêche en effet d’imposer un étiquetage spécifique.

Les entreprises joueront-elles le jeu ? Pas sûr. La semaine dernière, Coca-Cola, Mars, Mondelez, Nestlé, PepsiCo et Unilever ont dévoilé leur propre code couleur, qui se réfère à la notion de « portion » et non à la quantité habituelle de 100 grammes ou millilitres. Ce choix pourrait permettre de faire changer la couleur de certains aliments. « D’après nos calculs, une barre chocolatée étiquetée rouge peut devenir magiquement orange ou verte » se désole Olivier Andrault, responsable de ces questions au sein de l’association UFC Que Choisir. Le gouvernement espère cependant que la pression des consommateurs incitera les firmes à se conformer peu à peu à l’inclination du gouvernement.

Le feuilleton n’est sans doute pas terminé.

Aurélie Haroche

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